Je me lance dans l’exercice de faire un retour sur la journée Interstice du 2 juillet 2009 (cf site LISRA) que j’ai vécue en pointillé, jonglant entre l’accueil des participants, la logistique des repas et les débats.
Bizarrement, j’ai plutôt apprécié de vivre cette journée à la marge de son centre naturel, à savoir la salle des interventions et des débats. Une manière d’être dans l’interstice aussi il me semble, d’être dans un certain décalage. Mes impressions seront donc forcément un entrelacement de ces moments périphériques à la journée, des rencontres avec les intervenants en amont, de ce que j’ai perçu des interventions lors de cette journée et des réflexions que cela m’inspire.
Premiers ressentis
La première chose qui me vient à l’esprit c’est une discussion que j’ai eue en fin de journée avec 2, 3 personnes. Une discussion qui a débuté sur la question des représentations de la réalité pour en venir à des questions plus existentielles et même spirituelles ! Il me semble que l’une des forces de ce type de journée est de produire de la disponibilité intellectuelle. En fin de journée, les synapses sont chaudes et la capacité à faire des liens, à raisonner, plus aiguisée. Ceci est peut-être d’autant plus vrai que je suis resté dans une certaine frustration de ne pouvoir échanger davantage durant les « interventions », car il faut bien les nommer ainsi, même si nous avions cherché à l’éviter.
La forme qui colle aux basques
Je suis déçu de ce point de vue, même si je ne suis pas étonné. On n’arrive pas à éviter l’aspect colloque, c’est-à-dire l’addition des interventions et non la circulation et le rebond entre les expériences. C’est déjà le constat que nous avions fait lors de la journée « Interstice » en octobre dernier dans le même lieu.
L’idée qui était avancée lors de la préparation de cette journée était que les intervenants d’une même table ronde s’organisent entre eux pour faire circuler la parole, tisser des liens entre leurs expériences, se poser des questions mutuellement pour inviter chacun à faire de même. Mais il est difficile de sortir des habitudes et les « intervenants » ont, à mon goût, trop reproduit un schéma classique de juxtaposition des expériences. Cela ne remet d’ailleurs pas en cause la qualité des interventions ni même leur intérêt. Je mets « intervenants » entre guillemets car l’idée de ce type de journée est d’éviter de scinder les participants entre les « légitimes » et les « non-légitimes ». Dans le principe, chacun était invité à être intervenant potentiel et les interventions proposées sur la plaquette étaient surtout là pour motiver les gens à venir à cette journée, pas pour poser une frontière entre des savants et des apprenants. Cela veut dire aussi que les « intervenants » ne doivent pas monopoliser la parole et bien que nous n’ayons justement pas trop chargé la journée en nombre d’intervention prévues, il y a eu peu de temps pour des pauses, pour des prises de parole plus construites de la part de participants. C’est regrettable. Je rejoins l’analyse de Tâm sur le spectacle et la difficulté à faire bouger cette mise en scène de la connaissance dont nous aurions tous dû être les auteurs.
En discutant à la fin de la journée avec Olivier qui a participé à la journée, il me parlait d’un système d’ateliers tournants (groupes de 5 maximum) qu’il avait expérimenté lors d’une journée invitant à la fois des biologistes et des informaticiens. C’est peut-être une voie à explorer pour la prochaine fois.
Journée conviviale mais dense
En dehors de ça, j’ai trouvé l’ambiance plutôt conviviale. La ballade digestive a permis de créer une dynamique de groupe favorisant les échanges. Petit hic tout de même, n’ayant pas voulu imposer d’horaires précis aux intervenants, nous n’avons pratiquement pas pris de pauses ce qui est regrettable car c’est aussi dans ces moments que se construit une réflexion plus transversale.
Sur le fond de la journée, et même si on ne peut pas complètement le détacher de la forme, plusieurs questions ont retenu mon intérêt.
L’acteur culturel et le territoire, un système de relations
L’exemple de Jean-Marc Bombeau et son Echomusée est illustratif de ce point de vue. Derrière acteur culturel, nous devons avoir une approche large et entendre les personnes dont l’investissement socio-professionnel participe au travail de la culture sur un territoire. Ainsi, les éducateurs, travailleurs sociaux, enseignants, habitants investis dans la vie de leur quartier sont pour moi autant de vecteurs de mouvements culturels.
Cette journée s’est intéressée notamment à la manière d’articuler des mouvements culturels « spontanés » et une mobilité culturelle impulsée (par la politique culturelle et les actions sur le territoire). L’Echomusée, situé à un carrefour de la goutte d’or, est un des rares exemples de croisement de ces 2 dimensions.
- Lieu de passage pour les habitants qui connaissent Jean-Marc, l’apprécient, viennent se poser dans son lieu comme on s’assied sur un banc public.
- Lieu de diffusion artistique, avec des expositions qui se succèdent sur les murs, des soirées thématiques qui les font vibrer.
- Lieu de ressource sur le quartier, pour des chercheurs travaillant sur la mémoire de la guerre d’Algérie, sur l’habitat dans le 18ème, pour une étudiante d’Harvard, pour des artistes en quête de réseau, lieu d’information pour des personnes qui cherchaient le centre social.
- Lieu de pratique artistique, lorsque des ateliers organisés se mettent en place ou lorsqu’une petite fille vient demander une feuille blanche pour faire un dessin qu’elle accroche au mur ensuite.
- Lieu de rendez-vous, autant pour des négociations autour d’un commerce de miel vendu en francs CFA que pour la distribution de viande par un AMAP.
- Lieu de discussions, pour de vieux confrères du quartier qui se parlent en ellipses, qui communiquent par le café partagé et l’esquisse d’un sourire complice.
- Lieu de possibles quand des jeunes détournent une projection sur le mur d’en face pour mettre des clips de rap et danser dessus.
Hugues Bazin a parlé d’écosystème lors de son introduction et pour moi il s’agit bien de cela, à moins que ce ne soit d’ « échosystème », où l’expérience des uns résonne avec celle des autres. Le travail entamé par l’échomusée et donc la démarche qui sous-tend ce projet tente d’articuler une fonction réceptacle de différentes expressions culturelles et une fonction plus transversale de mise en dialogue de ces formes d’expressions. Envisager ce projet comme un système permet de sortir des casquettes à usage exclusif qui stigmatisent les structures en se fondant sur de la distinction et des idéologies : socioculturel/culturel, démocratie culturelle/démocratisation culturelle. L’échomusée est un système dont l’animateur est à la fois habitant, artiste, formateur, apprenant. Sa fonction se définit plus par rapport au territoire qu’à travers une grille de lecture socioprofessionnelle classique (responsable associatif, artiste en résidence, animateur…). Il est un point névralgique, un neurotransmetteur et un neuromédiateur du territoire.
Le rôle des institutions
A partir de là, la question est de savoir comment la collectivité publique peut soutenir un projet comme celui-ci qui est un tout et pas uniquement une addition d’actions ponctuelles ou sectorisées. Et ce tout est indissociable de la personnalité et de l’histoire de Jean-Marc. Est-ce la peur de reproduire la politique des « grands frères » qui empêchent de financer un projet lié à une personnalisation forte, même si elle est entourée par d’autres membres de l’association ? Dans notre société où la sectorisation est de mise et permet de se protéger de la complexité, il paraît difficile de financer des projets qui se confondent avec les projets de vie. Et pourtant, on n’a moins de scrupules pour des associations qui reposent sur des pouvoirs charismatiques et qui se cachent derrière un voile démocratique. Faut-il encore jouer ce jeu de dupes avec les institutions ou peut-on faire admettre que toute entreprise humaine est complexe, qu’elle repose sur des individus riches mais fragiles, que la professionnalisation n’est pas toujours le meilleur garant d’objectifs touchant au lien social, au dialogue interculturel, à l’expression de la créativité des territoires ?
Nous avons questionné les politiques culturelles qui semblent bien étriquées dans leurs habits traditionnels de démocratisation culturelle. Comment mettre en place une politique culturelle susceptible de répondre aux enjeux de la diversité culturelle, du dialogue interculturel, de la créativité des territoires, de l’exigence démocratique qui s’impose ? L’une des pistes, à l’écoute de cette journée, semble être de replacer l’humain au centre de l’action culturelle.
Interstices
L’intérêt pour les interstices prend alors tout son sens. Hugues Bazin a parlé des interstices comme des espaces vides qui sont investis naturellement. La créativité est souvent d’autant plus grande que les espaces ne sont pas institutionnalisés. On voit s’organiser des stratégies de défense individuelles et collectives face à la précarité qui font preuve de beaucoup plus d’inventivité et qui fabriquent bien plus de vivre-ensemble, comme Nicolas Guerrier l’a dit, avec ses mots, en fin de journée. Philipe Dubois qui nous accueillait à la Teinturerie de Plumes disait de l’interstice qu’il était « une espace où je n’existe pas, où je ne suis pas dans le rapport à l’autre, tout rapport à l’autre étant un calcul ». Il y a peut-être une corrélation entre l’interstice et le désintéressement, thématique travaillée dans l’économie sociale et solidaire. Les formes interstitielles sont sans doute davantage dans un besoin existentiel ou de l’ordre du mouvement spontané, par opposition à des formes instituées qui seraient dans un besoin de pouvoir sur l’environnement et dans des stratégies de développement. Le droit d’exister prend moins d’ampleur que l’ambition de gouverner et l’usager ne trouve pas la même place dans les espaces interstitiels que dans les espaces institués.
L’usager
La BRIC, dans son intervention de l’après-midi, a questionné cette place de l’usager. Il s’agit bien de cela aussi. La professionnalisation du secteur culturel a tendance à programmer plus qu’à faire et qu’à partager. On programme les spectacles mais aussi les populations cibles de notre politique de relations avec les publics. Le public devient un élément exogène au lieu culturel et on s’étonne d’attitudes trop consuméristes ! Du coup, ce qui s’est joué avec ce qu’on a appelé les friches culturelles, c’est une forme de réappropriation de ces lieux culturels par les usagers, les artistes, les habitants. Même si là aussi la reconnaissance presque labellisante « Nouveaux Territoires de l’Art » a entrainé une professionnalisation de ces espaces et souvent provoqué un éloignement de ce que Fabien et Jean-Marc ont nommé « maîtrise d’usage ». Est-ce à dire qu’il faut refuser toute professionnalisation, voire toute pérennité pour ces espaces ? La question mérite d’être posée mais sans doute pas en ces termes.
Appropriation
Lors de la journée que nous avons vécu ensemble, la thématique de l’appropriation est revenue de manière récurrente. Philippe Guérin du théâtre du bout du Monde à Nanterre racontait comment, à travers les ateliers qu’il mène, les personnes passent de la modification de l’image de soi, pour se rendre compte qu’ils « ont en eux un territoire multiculturel », à la modification de leur relation aux autres, au monde : un processus de transformation sociale en sorte.
Jean-Marc Nguyen de la BRIC a également posé cette question en parlant des usagers qu’il définit comme celui qui se met en marche, en mouvement. Ce mouvement nécessite en effet une forme d’ « autosaisine », il faut pouvoir s’autoriser pour inventer et développer une capacité à construire et ouvrir de nouveaux espaces de liberté, de créativité.
L’acteur culturel se définirait donc comme un accompagnateur dans ce processus d’ouverture ?
Bien d’autres thématiques ont été soulevées lors de cette journée, la caractéristique de ce type de journées étant souvent de produire plus d’interrogations que de réponses. Il reste que l’échange de telles préoccupations crée en soi une dynamique qu’il m’apparaît important de soutenir et d’entretenir, c’est l’objet de cette démarche de laboratoire social, qui articule expérimentations et recherche, action et évaluation, explorations sensibles et démarches réflexives…
C’était le titre choisi par la Fraternelle de recherches et de propositions pour leur 3eme “rencontre paradoxale” le mercredi 21 janvier 2009, à la maison des métallos (Etablissement public de la ville de Paris). Derrière ce titre assez obscure, l’idée était d’aborder la question de l’économie sociale et des formes que peuvent prendre les différents mouvements issus de la société civile. Une autre particularité de cette conférence, puisque tout s’articulait autour de la parole de Daniel Le Scornet, était d’être organisée selon des règles bien précise dont je parle ici.
Voici, sur le fond, ce qui ressort :
1. Propos introductif sur la nécessité de décloisonner les champs, de “penser le social autrement que par le social” par exemple. La Fraternelle travaille à cette transversalité des compétences et des savoirs entre les champs artistique, du social, de la santé, de l’éducation, de la recherche…
2. Vue générale sur ce que l’on peut nommer mouvement social, ou société civile, qui est particulièrement organisée en France. Paradoxalement, malgré cette forte organisation, on constate une certaine impuissance à travailler dans un sens commun, à porter des intérêts communs. Quelques acteurs semble avoir le monopole de l’intérêt général. Pourtant, il existe une myriade de formes dans ce qu’on appelle l’économie sociale et solidaire. Le mouvement mutualiste représente 40 millions de personnes. Le mouvement coopératif est considérable (80% des agriculteurs sont en coopératives, beaucoup de pêcheurs également, les banques de détail qui représentent 60% de la collecte financière sont majoritairement sous formes coopératives en France). On dénombre environ 800 000 associations actives en France, il y a aussi beaucoup de fondations, des formes hybrides comme les SCIC émergent…
Pour Daniel Le Scornet “l’économie solidaire est de l’économie sociale en émergence”.
La France est donc riche de tous ces corps intermédiaires (toutes les organisations d’individus qui se situent entre le citoyen et l’Etat), dont font partie les syndicats, les comités d’entreprises (36 000 en France), les partis politiques etc… L’économie sociale (ES) emploie 2 millions de personnes en équivalent temps plein et pourtant, les employeurs de l’ES ne sont pas reconnus dans le dialogue social, ne voulant pas faire partie du MEDEF.
Selon Daniel Le Scornet, l’ES se caractérise donc par son impuissance à peser dans les décisions qui organisent notre société. C’est peut-être lié au fait qu’il n’y a pas réellement de tête pensante ou de personnalité représentative de l’ES.
Remarques suite à des questions : Désenclavement dans le code de la mutualité du champ de la protection sociale et de la santé. Des mutuelles peuvent donc en principe être créées dans différents champs (culture…).
Une loi de 2003 permet à des collectivités, à des associations (sous certaines conditions), de déroger à la loi pour expérimenter des choses, à condition que l’expérimentation puisse être généralisable.
D’où vient cette impuissance ?
3. Rapide historique du mouvement social français, des formes non-étatiques, de ces formes d’économie sociale.
Corporations et premières mutuelles (de métiers et de profession) au Moyen-âge qui étaient aussi l’organisation de monopoles (ambivalence entre l’aspect conservateur et l’aspect progressiste pour l’intérêt général).
Révolution française : sous la pensée des philosophes des lumières, idée d’interdiction des corps intermédiaires (Loi le Chapelier) dans une vision utopique qui voulait éviter la défense d’intérêt particulier qui pourrait nuire à l’intérêt général. Le droit de coalition revient en 1856.
Les sociétés de secours mutuel ont pris la place des corporations, ce qui explique que la sécurité sociale à la française ne soit née que tard (1945) par rapport à ses voisins allemands en particulier (1870 avec Bismarck, même si ce n’est pas la même forme de sécurité sociale).
Les corporatismes sont très présents en france, et sont souvent antagonique avec l’intérêt général. Le confédéralisme est une bataille à gagner. Les formes de corporatismes se sont autonomisé en France (ex des syndicat émancipés des partis politiques) ce qui n’est pas forcément la cas chez nos voisins.
Remarques suite à des questions :
Fondement du mutualisme : “développer l’autre comme condition de son propre fonctionnement.”
Economie de moyens/Economie de fins, trouver du sens commun
A propos du rapport entre économie sociale et économie solidaire, pour une femme de l’auditoire, la question de fond porte surtout sur Régulation/Transformation.
4. Présentation de la Fraternelle
“Problème de fraternisation des différents champs qui sont contigus.”
“Un système fermé est gagné par l’entropie”.
Fraternelle : Mutualiser des savoirs, question de la transmission, réinventer les relations entre profesisonnels et populations, choisir des lieux, des objectifs que personne ne traite, lancer des rechecrhe-action sur le développement de l’autonomie chez l’autre, comment les comité d’entreprise pourraient rejoindre l’économie sociale ?
Sur les mutuelles : La forme mutualiste doit être financée en majorité par les cotisants. La forme mutuelle pousse la population a participer.
Fin de la rencontre.
A l’heure où le secteur culturel, que la “crise” semble animer depuis sa constitution en tant que secteur, croule sous les rapports et les diagnostics réalisés par des experts le plus souvent extérieurs à leur sujet d’étude, n’est-il pas plus intéressant de travailler sur une forme d’expertise co-produite par les sujets de l’étude eux-mêmes ? N’est-ce pas le seul moyen pour que l’expertise nourrisse durablement et intelligemment le terrain ?
Attention, il ne s’agit pas de nier les compétences des rapporteurs, des évaluateurs ou des consultants mais d’interroger leur capacité à transformer les choses. L’articulation que propose la recherche-action est celle de l’aller-retour entre la réflexion et l’intervention.
Il est question d’appropriation des enjeux par les acteurs et, au delà, par la population.
J’y reviendrais…
Invités :
Jean-Baptiste de Foucauld, haut fonctionnaire de l’Etat, Président de l’association solidarités nouvelles face au chômage
Daniel Le Scornet, ancien président de la fédération des Mutuelles de France
Patrick Dugois, délégué général Emmaüs France
Notes en vrac
JB de Foucauld :
- distinction entre lien social naturel et lien social organisé
- a écrit « la révolution du temps choisi » (1984) qui propose un équilibre entre temps et revenu.
- 3 formes de réponses au mal : la technique, la force, le partage/le spirituel
- travail sur le sens, la frugalité et la solidarité
- « Le chômage créé de la démutualisation »
- Différence délicate à définir entre redistribution et réciprocité. Certains disent que la fiscalité est la forme moderne du don/contredon. Pb : « on n’arrive pas à redistribuer les causes du don »
- « Il est important que les causes sociales soient portées par ceux qu’elles concernent »
- « L’individu autoréférence, ennemi du lien social »
- différence entre contact (ce qu’on garde quand c’est gratifiant et que l’on peut jeter) et lien (ce qu’on garde même lorsque ça va mal)
- Pb : retrouver du sens par rapport à autrui
- « Le lien social n’est plus naturel, il faut le construire »
- Décalage entre des désirs et les moyens de les satisfaire. Actuellement, grosse machine à fabriquer des désirs.
- « L’offre politique est une grande machine à fabriquer de l’insatisfaction »
- « On ne va pas pouvoir éviter la sobriété créative »
- Notion d’abondance frugale
- « Retourner à une vraie économie qui permet de satisfaire les besoins matériels de l’homme mais pas aux dépends des besoins relationnels ou spirituels »
- « On n’arrive plus à discuter des finalités, on ne parle que des moyens »
- « La communauté c’est quand on vit ensemble, on pense ensemble et on (…mange ?) ensemble »
- « La démocratie est un système qui doit donner à chacun les moyens de donner le meilleur de lui-même »
Patrick Dugois :
- Communauté : lieu d’étayage collectif
- Actuellement nous avons des horizons qui nous paraissent indépassables : libéralisme, démocratie, mondialisation
- « On ne repose pas la question de l’être collectif »
- Comment on nourrit l’imaginaire commun ? Comment avoir une politique de l’imaginaire ?
- Souvent impressionné par la pauvreté collective des collectivités territoriales
- Nous sommes trop dans une société du faire
Tags : communauté, démocratie, économie, réciprocité, société
Je suis allé à Nanterre hier en fin d’après-midi, voir un spectacle mis en scène par Philippe Guérin, de la compagnie “Théâtre au bout du monde“. Dans le cadre du festival “la semaine du 32 mai”, un chapiteau a été installé sur la place des Mugets de Nanterre, au coeur d’un “quartier populaire”, comme il est de coutume de dire. Ce spectacle fait suite à des ateliers animés par Philippe Guérin avec des personnes en parcours de réinsertion, action menée conjointement avec ATD quart-monde. Je vous livre ici une réaction à chaud qui peut paraître un peu froide pour ceux qui ont travaillé à tout ce processus. Il ne s’agit pas pour moi de dénigrer tout ce travail que j’admire beaucoup mais d’en soulever la complexité et de montrer le décalage qui peut se manifester entre les intentions et les impressions du spectateur d’un soir que j’étais hier.
Pour dire les choses comme elles me viennent, c’était très chaotique. Je serai donc assez critique parce que dans le fond, je crois beaucoup à ce type de projets mais je sais aussi que ça ne s’improvise pas, que ça nécessite un véritable travail en amont de coordination avec les structures du quartier notamment et de “préparation” du public qui n’est pas aussi docile (et heureusement !) que celui des scène nationales.
Le chapiteau était implanté au pied d’un quartier de Nanterre, l’ambiance était festive pour tous les enfants qui étaient là mais je pense que le lieu et le public présent (non averti semble-t-il) n’était pas compatible avec le “spectacle” présenté. En gros, les enfants ont vu un chapiteau donc ils s’attendaient à voir du cirque, les parents étaient quasi-totalement absents d’où une euphorie un peu incontrôlable. Le “spectacle” jouait sur un ton improvisé, une émission de radio simulant des interventions diverses (des acteurs d’ATD quart-monde qu’on ne comprenait que très difficilement vu le brouhaha et l’acoustique, des comédiens professionnels jouant sur les clichés “intermittents en colère” ou “intellectuels dans leur sphère”). En clair, il n’y avait aucune frontière, le chapiteau était ouvert à tous, les allers-retours étaient complètement tolérés pendant le spectacle (bonne idée si on se donne les moyens de faire entendre ce qui se joue sur scène !). Cela a donné lieu dans un premier temps à une évacuation complète de la salle (car on n’entendait vraiment rien de ce qui se disait). Ils ont ensuite fait rentrer d’abord les adultes (en minorité) qui se sont répartis sur l’espace des bancs puis les enfants (préados surtout), l’idée étant que les adultes devaient canaliser les enfants assis à côté d’eux. Cela a fonctionné les deux première minutes mais le spectacle n’étant pas très attrayant (certaines personnes d’ATD, malgré toute leur bonne volonté avaient du mal à articuler pour se faire comprendre, surtout dans un micro qui ne surlignait que peu les aigus), les enfants ont repris le pouvoir et chaque adulte a pu tester sa force de persuasion pour calmer ses jeunes voisins, d’autant plus motivés à se répandre en moqueries qu’ils avaient des figures d’autorité à faire craquer ! Tout ceci jusqu’à une forme de paroxysme où une animatrice du quartier a menacé un par un les enfants d’appeler leur mère s’ils ne sortaient pas de la salle, ce qu’ils ont fait assez rapidement… A partir de ce moment (moitié du spectacle), j’ai commencé à entendre ce qui se disait : courts témoignages par les acteurs d’ATD (jouant des travailleurs divers : une fleuriste, un syndicaliste, une chanteuse, un responsable de rayon dans une grande surface) racontant des histoires de tiers assez proches des leurs mais prononcés à la 3ème personne, glissement sur un défi introduit par un metteur en scène affirmant que ces personnes pouvaient faire du théâtre et leur proposant de dire quelques tirades du Roi Lear alors même que l’animateur radio affirmait que c’était impossible. Défi relevé tant bien que mal, applaudi, et tentative d’imaginer collectivement un spectacle, chacun y allant de son idée et le petit gamin à côté de moi ravi d’avoir trouvé le pont neuf quand la question fut posée de savoir sur quel pont pourrait se dérouler l’histoire… Mais le temps semblait manquer et le spectacle s’est arrêté là.
Voilà un peu mes impressions sur le spectacle en lui-même, assez décevant je dois dire, même si je comprend la démarche et que j’ai de l’admiration pour le travail mené. Plusieurs réflexions me viennent suite à ça.
Le chapiteau est-il réellement un lieu qui casse les murs pour tous ?
Les enfants étaient là mais aucun adulte ou presque. J’ai vu l’appréhension d’une mère de famille poussant un landau à l’entrée qui passait par là, ne sachant pas ce qui se passait, si c’était payant, on lui a dit que c’était gratuit et qu’elle pouvait entrer mais elle est repartie, pourquoi ?
D’où vient le fait que l’on n’ait pas entendu le spectacle ?
Est-ce un problème technique ?
Faut-il incriminer les enfants qui ont manqué de respect comme on l’a fait en finissant par les faire sortir, alors même que le chapiteau s’est posé sur leur terrain quotidien de jeu ?
Faut-il incriminer la qualité artistique qui n’a pas su imposer une écoute ? L’absence d’élément visuel notamment n’a t-il pas fait défaut ?
Faut-il incriminer le manque d’encadrement du public ? (ne faut-il pas poser quelques règles du type “on n’entre plus quand le spectacle est commencé, on ne passe pas devant la scène sans se baisser, on éteint les portables… jusqu’où fixer des règles et comment les fixer pour ne pas reproduire les murs des scènes conventionnelles)
Ne faut-il pas incriminer l’absence d’inter-générationnel dans le public qui aurait certainement calmé les esprits mais peut-être aussi exclu les préados et les ados ?
Faut-il présenter à un public peu averti le résultat d’ateliers avec des personnes en insertion ?
Que cherche t-on dans ce type de présentations ? Une étape de plus dans le recouvrement d’une image positive de soi pour les personnes en insertion, par la reconnaissance du public ? Une prise d’assurance à travers la prise de risque face au public ?
Mais comment se pose t-on la question du côté du public ? Cherche t-on a montrer que chacun, même (et surtout ?) le plus fragile d’entre nous, est capable de s’affirmer sous un autre jour, dans un autre registre ? Il y aurait ainsi une forme d’identification qui permettrait à chaque personne de se projeter sur scène, de se dire que c’est possible pour elle aussi ? Ou bien cherche t-on à provoquer une émotion chez le spectateur qui aurait pour vecteur l’empathie par rapport à la situation de la personne qui se transforme sous nos yeux ?
Comment accompagner au mieux ce type d’événement ?
Un animateur en stage à l’INJEP qui est venu voir le spectacle a fait un constat proche du mien. Il faut absolument, pour ce type d’événements, travailler avec les acteurs du quartier. Les médiateurs, les animateurs évidemment mais aussi les personnes qui fabriquent le lien social au quotidien, les commerçants, les adultes référents, les ados. Et plus la démarche est participative, plus il y aura un respect du travail présenté, selon moi. Je me souviens avoir monté un chapiteau tous les soirs pour des spectacles de conte lors d’une expérience où nous investissions le coeur des cités de Seine St-Denis pour présenter des spectacles le soir, les ados que nous mettions à contribution pour nous aider l’après-midi (en faisant attention aux règles de sécurité !) se sentaient investis d’un rôle ensuite et calmaient les esprits agités lors du spectacle. Il faut sans doute aussi expliquer quelques règles de fonctionnement, en jouant sur la concentration nécessaire des acteurs etc. Et, clé de tout à mon avis, il faut que le public soit inter-générationnel avec des personnes du quartier. Il n’est pas facile de faire venir les parents au spectacle mais cela est faisable, pour reprendre ce refrain participatif, en leur demandant un coup de main, pour proposer un repas par exemple.
Tags : chapiteau, insertion, quartiers populaires, Théâtre
Comme une première étape de ce blog, j’aimerais revenir sur mes représentations de la recherche-action, qui évoluent à mesure que je participe à ce travail collectif. Je tiens également à faire part des questionnements que j’ai eus et que j’ai encore concernant cette démarche.
Premières représentations
Pour moi, la recherche-action consistait à associer un chercheur à une structure de manière à ce que la recherche puisse servir le travail de la structure et réciproquement. Cette vision d’une instrumentalisation consentante et partagée me semble bénéfique dans la mesure où les acteurs du terrain (associatifs en particulier) sont souvent noyés dans leur quotidien et peu à même d’adopter des postures plus distanciées vis-à-vis de leurs pratiques. Selon cette acception, le chercheur devient donc pour les acteurs associatifs un accompagnateur dans la distanciation, dans la remise en perspective de ses actions. A l’inverse, les structures deviennent pour le chercheur un terrain d’expérimentation, induisant une forme de recherche davantage en dialogue avec les problématiques du terrain.
Un éclairage différent
La rencontre avec différentes personnes du réseau de recherche-action m’a ouvert à une autre approche. Selon cette acception, l’acteur devient lui-même chercheur en rentrant dans une démarche de recherche-action. L’idée qui part plus d’un désir individuel visant à mettre en question ses pratiques professionnelles, à interroger son parcours, à donner du sens à ses actions glisse sur une dimension collective puisque c’est à travers l’échange d’expériences, la construction d’une forme d’intelligence collective, l’expérimentation concertée avec différents acteurs-chercheurs que l’on va avancer.
Des acteurs-chercheurs ?
A vrai dire, ma première réaction face à cette idée de l’individu acteur et chercheur tout à la fois fût la suivante : n’y a t-il pas des incompatibilités entre l’action et la recherche ?
- En termes de temps d’abord. À observer l’hyperactivité des acteurs associatifs professionnels, j’ai du mal à voir comment ils peuvent consacrer du temps à des recherches, à des entretiens et leurs analyses, à des écrits individuels ou collaboratifs.
- En termes de méthode ensuite. L’acteur est-il vraiment à même de travailler sur son propre travail et sur son propre parcours ?
- En termes de créativité enfin. Cette remarque peut sembler étrange, elle est volontairement provocatrice, mais n’y a t-il pas une sorte d’incompatibilité entre la réflexion et l’action ? Est-ce que la créativité ou l’innovation ne vient pas d’une forme d’inconscience, d’intuition, d’énergie qui serait atténuée voire découragée par un travail de construction de sens en amont ?
Exigent mais possible
Cette question des zones d’incompatibilité entre recherche et action reste toujours d’actualité pour moi mais c’est justement cela qui fait tout l’intérêt de la démarche.
La question du temps est en effet délicate pour les professionnels de la culture ou du social qui participent au réseau de recherche-action. Mais le fait de la poser est aussi essentiel que celle qui consiste à interroger le temps de travail dans une société. Comment organisons nous notre temps et comment articulons-nous les différents temps de la journée ou de la vie ? Entre le temps de travail consacré à l’action, à la formation, au dialogue ou à la médiation avec les collègues, à la préparation et à l’évaluation de nos actions et le temps hors travail consacré à nos loisirs, à nos passions, à nos relations sociales, à notre consommation, à nos recherches personnelles, à la contemplation, à l’ennui, aux tâches domestiques, au sommeil… N’y a t-il pas dans la recherche-action un travail de mise en cohérence qui peut s’articuler sur différents temps, aussi bien professionnels (dans le cadre d’une formation, d’une évaluation, d’une phase préparatoire d’action) qu’extra-professionnel.
La question de la méthode, de la même manière, mérite d’être posée. Pourquoi les sciences sociales, à l’instar des sciences dures, ont toujours séparé l’objet ou le sujet étudié du sujet observant ? Pour permettre une distance, à l’évidence, pour contourner certains écueils comme les idées préconçues, les croyances qui influeraient sur l’analyse et en altérerait la scientificité ou encore l’instrumentalisation de la recherche au profit d’un résultat que l’on attend. Mais le chercheur en sciences sociales apprend bien à se débarrasser de ses préjugés, de ses croyances. Pourquoi l’acteur-chercheur ne pourrait-il pas en faire autant en prenant comme garde-fou la dimension collective et collaborative de cette forme de recherche ?
Pour ce qui est de la question de la créativité, elle mérite d’être posée au regard des actions produites par le réseau de recherche-action, qui sont encore trop peu nombreuses ou abouties.
Ma déconstruction de certaines peurs dans la recherche-action
La méthode employée dans ce réseau de recherche-action consiste à partir d’entretiens individuels sur les parcours d’expériences pour faire ressortir des problématiques partagées par différents acteurs dits populaires.
De prime abord, j’étais plutôt réticent à l’idée de partir de l’individu, voyant dans cette méthode des relents psychanalytiques qui (ce sont mes préjugés qui parlent) tendent trop souvent à centrer l’individu sur sa personne là où l’intérêt que nous poursuivons a davantage une vocation collective voire générale.
Mais je suis vite revenu sur ce préjugé après avoir lu des entretiens et m’être livré à cet exercice de l’entretien sur mon propre parcours d’expériences. En réalité, l’entretien permet de poser des marques par rapport à certaines intuitions ou idées que nous avons dans nos contextes professionnels et nous n’avons pas l’habitude de formuler par le biais de notre parcours individuel (les discours sont souvent rôdés autour du projet associatif et pas forcément autour de notre propre processus). Et les questionnements, les doutes, les récits d’expériences qui ressortent de ces discours pas nécessairement construits sont très enrichissants, pour soi et pour les autres.
Recherche-action rime avec mutualisation
Ce qui m’a intéressé au départ dans cette approche de la recherche-action, c’est la dimension collective, le fait de réfléchir à plusieurs pour échanger sur nos pratiques, nos conceptions de l’action culturelle (au sens large). Les différentes rencontres auxquelles j’ai pu participer au sein du réseau de recherche-action et en dehors, dans des contextes où plusieurs professionnels se rencontrent pour discuter de leurs métiers et de leurs expériences, m’ont souvent amené à poser un autre regard sur mes propres pratiques, m’ont ouvert à de nouvelles formes d’intervention artistique et culturelle. C’est ce sens que je place derrière le terme « mutualisation ». Au-delà de la mutualisation de moyens matériels ou d’emplois, la mutualisation de connaissances, d’expériences est très riche car elle permet de (re)donner du sens à ce que l’on fait, d’apporter un nouveau souffle dans des secteurs (le culturel, le social…) qui, bien souvent, rentrent dans des routines de fonctionnement et reproduisent leurs actions selon des logiques de survie plutôt que de développement d’un intérêt collectif ou général.
A ces questions que je me pose sur les moyens de mettre en place davantage de plateformes de mutualisation, la recherche-action me semble proposer une approche originale et pertinente pour favoriser ces échanges, poursuivre une sorte de formation permanente de chacun des acteurs que nous sommes. C’est d’abord en ce sens que je me suis engagé dans cette démarche.
Tags : Recherche action
Cet espace est peut-être aussi celui des expériences artistiques qui nous construisent et nous amènent à nous positionner dans ce champ artistique et culturel sans limites.
La Ménagerie de Verre accueillait hier soir, dans le cadre du festival « Etrange Cargo», le spectacle “Hamlet”, mis en scène par Yves-Noël Genod.
Amené par une amie comédienne dont j’avais vu un travail la semaine précédente, j’y suis allé comme on rentre dans une (en)quête, sûr que l’on suit une piste intéressante mais sûr aussi qu’elle peut s’avérer infructueuse ou décevante.
Impressions
Un théâtre familier donc, puisque je l’avais déjà fréquenté une fois ! Quelques personnes connues. Une branchitude de l’assemblée de spectateur/buveurs/acteurs du hall d’entrée. Rentrée dans la salle. Possibilité de laisser ses affaires derrière la scène car salle de 70 places bondée et donc serrée : l’art de faire confiance par nécessité !
Le noir…
Des néons s’allument au fond de ce parking réaffecté. Au sol, un os, une épée et un objet métallique non identifié.
Un acteur contre un mur. Lentement…très lentement, une créature entre, homme habillé en femme ? En travelot à paillette usé(e) par la vie ?
Puis une jeune femme contemporaine, prenant l’épée lentement… très lentement, et déclamant du Hamlet imagine t-on, sur un ton peu imagé.
Puis un grave accent russe.
Puis un homme nu… Ah… La question du “pourquoi” arrive chez moi.
C’est donc CONTEMPORAIN. Une extrême lenteur,du nu, des acteurs qui n’interagissent jamais, en dehors d’un espace commun qu’ils habitent, connaissent et donnent en creux au public.
Un quart d’heure, une demi-heure, du russe, du cowboy moderne, un homme des cavernes.
Trois quart d’heure, une heure et demi, une heure trois quart. Deux trois performances solos, ou improvisations débarquées d’endroits personnels et qui ne forcent des gloussements forcés que chez les initiés, ou les amitiés.
Une heure et quart, une heure et demi, deux heures, l’animation du plateau s’accompagne maintenant de paroles et de cris, de danse et de bouts de vies.
Bref, spectacle fini. Applaudi poliment.
Qu’en penser ?
A part le danseur à un moment, je me suis vraiment fait chier.
Etait-ce la volonté du metteur en scène ?
Avait-il une volonté ?
On a forcément une volonté quand on monte un spectacle.
Peut-être avait-il la volonté de provoquer le public, de le repousser dans le retranchement de ses sensations face à un univers dont il ne contrôle pas le mouvement. Un univers imposé qui doit être composé ou recomposé par chacun. Comme un film de Lynch sauf que là jamais il n’accroche le spectateur.
Condamnation ?
Pourquoi consacrer près d’une page à ce mauvais spectacle me direz-vous ?
Parce que je crois qu’il m’a profondément exaspéré et qu’il est révélateur de certaines choses qui me gênent dans ce milieu du théâtre/performance.
J’ai beaucoup de respect pour l’acte de création et je ne crois pas être un gardien de la morale ou un de ces censeurs d’objets non identifiés, bien au contraire. Mais je dois dire que cette soirée m’a posé des questions quant aux limites de ce travail de création.
Que peut-on trouver dans un tel « spectacle » que j’ai perçu comme dénué à la fois de chair émotionnelle et de sens ? Quelle est la légitimité d’un tel acte qui pioche dans des dispositifs sociaux (le spectacle payant assignant au spectateur un rôle passif) sans rien proposer d’autre qu’un empilement de clichés instantanés des parcours de chacun des acteurs ? Y a t-il un propos ? (il ne semble pas) Y a t-il un désir de partager, de provoquer, de susciter, oserais-je dire d’émouvoir ? (il ne semble pas)
À dire vrai, j’aurais aimé que cette représentation s’affiche comme une provocation du type : jusqu’où le public est-il prêt à suivre un mouvement informe ? Jusqu’où va la docilité du spectateur prisonnier d’un dispositif scène/salle, acteurs livrant leurs extravagances/consommateurs bloqués dans leur mutisme de rigueur ou d’habitude ?
Mais les seuls spectateurs/destinataires de ce chantier semblaient être les protagonistes (metteur en scène et acteurs) du projet. Sans doute la recherche était elle intéressante, apprenante mais en quoi le public convoqué un soir et n’ouvrant les yeux sur ce travail qu’entre l’allumage du néon du fond et les applaudissements finaux peut-il percevoir ce processus de travail ?
Pour me plier à l’exercice de la conclusion, je dirais que ce genre de travail ne mérite pas d’être montré de la sorte, dans le cadre d’une représentation. Peut-être aurait-on gagné à suivre le processus, les prises de risques, les métamorphoses des comédiens. Mais cet instantané de deux heures ne donnait pas d’éléments pour percevoir cet amont et ressemblait fort à un de ces clichés du théâtre contemporain centré sur lui-même qui font le chou gras des détracteurs du théâtre subventionné.
Tags : contemporain, représentation, spectacle, Théâtre