La notion de « tiers espace » traverse différents champs de l’activité humaine : sociale, culturelle, urbanistique, économique, scientifique… Suivant ces champs d’activité, le tiers espace prendra différents noms et différentes formes : économie sociale et solidaire, tiers secteur, interstices urbains, art social, culture libre numérique, travail social collectif, propriété open source, recherche-action…
Cette étendue qui fait sa richesse, mais aussi sa disparité ne facilite pas la constitution d’un corpus de connaissance qui nous permettrait de reconnaître le tiers espace comme processus cohérent et aussi comme enjeu politique susceptible de proposer des alternatives. Nous posons ici l’hypothèse qu’il existe pourtant des caractéristiques communes et que cette dimension mobilise finalement des domaines importants de l’engagement humain, soulignant en creux l’énorme gâchis que représente sa non-prise en compte.
Parmi ces caractéristiques communes, citons un fort potentiel créatif, une logique coopérative fédérant des compétences différentes, des espaces intermédiaires « horizontaux » entre des structures ou des dispositifs institués « verticaux », des fonctionnements visant une certaine autogestion et autonomie selon le principe d’écosystème, l’expérimentation populaire et l’innovation sociale mettant les connaissances acquises directement au service d’une transformation…
Il ne s’agit pas ici de figer une définition du tiers espace, mais d’inviter chacun dans son champ socioprofessionnel à réinterroger sa pratique à travers cette notion, comprendre en quoi elle peut produire un décalage dans notre manière de penser, de se positionner, d’agir, et dans ce cas, en quoi ce décalage provoque de nouvelles connaissances et nous invite à expérimenter d’autres cadres d’implication. Par exemple, nous serons sûrement amenés à nous interroger sur le rapport de l’individuel au collectif, sur les notions d’intervention et de participation, également sur la notion de coproduction en situation en discussion avec les notions de lieux, de territoire et d’activités, et plus généralement sur la posture hybride qui nous incite à conjuguer la notion de « tiers » (intermédiation, multiplicité, altérité, levier) et d’« espace » (entre-deux, interstice, rhizome, mouvement).
