Ateliers de recherche-action

 


La recherche-action commence toujours par une insatisfaction profonde, un questionnement qui ne trouve pas de réponses dans les savoirs classiques. Lorsque nous sommes confrontés à un problème que les modes d’approches traditionnelles ne peuvent résoudre, la recherche-action apparaît intéressante, voire indispensable pour obtenir des résultats intellectuels et opérationnels inaccessibles autrement.
Être « acteur-chercheur » n’est pas une profession, c’est une démarche que l’on intègre dans sa vie professionnelle et au-delà. La personne n’est pas objet mais sujet de la recherche, elle n’attend pas que des « experts » viennent l’étudier et dire ce qui est bien pour elle. C’est elle qui anime le processus et en maîtrise la production. Cette manière de travailler à partir de l’intérieur de l’expérience humaine ouvre un champ de connaissance que même les méthodes classiques en sciences humaines atteignent difficilement.
La recherche-action est un outil facilement appropriable qui ne demande pas de formation ou d’étude préalable. Elle pose en revanche une exigence, dans un aller et retour entre le terrain de l’expérimentation et le travail sur soi.

L’atelier de recherche-action constitue la cheville ouvrière du dispositif de recherche-action. Cet espace de travail constitue une validation de l’engagement des acteurs-chercheurs par leurs pairs, aidant ainsi à définir, assurer, affirmer leur démarche dans leur environnement socioprofessionnel. Parmi les principaux éléments du cahier des charges de l’atelier, il s’agit de :

  • Croiser les parcours d’expériences et favoriser un travail réflexif de chacun sur les matériaux qu’il apporte ; faciliter à ce titre une autoformation réciproque au sein du groupe et si nécessaire un accompagnement méthodologique à la mise en place de programmes spécifiques ;
  • Dégager des problématiques transversales à partir de l’exposé de questionnement individuel ou d’expérimentations situées et favoriser par ce biais un travail interdisciplinaire, une coopération sur les projets avec une mise en correspondances des compétences ;
  • Se réapproprier l’outillage méthodologique en sciences humaines et sociales pour élaborer de nouvelles connaissances autour des enjeux actuels et construire une parole argumentée pour des interventions à caractère scientifique ou supports de diffusion de la connaissance.
  • Selon la dynamique collective engagée et le contexte, mettre en application ces travaux dans une visée plus opérationnelle et stratégique de transformation sociale par la valorisation, partage des expérimentations et autres ressources des acteurs-chercheurs (en l’occurrence des forums de l’innovation sociale)

Protocole



RÉFLEXIVITÉ (Parole en acte)

Être en prise directe avec un processus de transformation agissant sur les individus et leur environnement, la parole développée est toujours une « parole en acte », un aller et retour entre la pratique et l’analyse où sa propre expérience est prise comme objet de recherche ;

CHANTIER (Works in progress)

Dans son incomplétude, son continuel inachèvement, l’humain est toujours un être en devenir qui place son origine devant lui. Se baser sur l’humain plus que sur sa performance, c’est mettre en avant ce processus plus que son utilité finale. Le dispositif de l’atelier est un chantier qui s’inscrit dans la durée de ce temps humain composé de cycles en spirale, ceux d’un « work in progress » où chaque expérience s’ouvre sur un nouveau paysage, un nouveau champ du possible. Dans le même mouvement, nous pouvons évaluer les transformations étape par étape.

AUTOFORMATION (Participation en situation)

Toucher en premier lieu les acteurs populaires associés à toutes les étapes du processus dans une participation active et égalitaire. Égalitaire car sa place est liée au niveau d’implication en situation, pas à un statut ou une fonction. Il n’y a donc pas de place assignée, chacun doit négocier son mode d’implication en lien avec ses désirs, ses compétences, son environnement socioprofessionnel. À ce titre l’ « expert » est autant en apprentissage que le « novice » dans le jeu d’interaction d’une situation en train de se construire. Le terme « populaire » s’entend ainsi comme autoconstruction des conditions de développement individuel et collectif. C’est une émancipation par la maîtrise du sens de la production de l’atelier, c’est forger en même temps ses propres outils nécessaires au travail sur les matériaux dans le cursus d’auto formation ;

ÊTRE AUTEUR (sujet autonome)

Se donner la liberté de se positionner autrement que par une appartenance identitaire ou une posture catégorielle sectorielle, c’est favoriser une qualité de relation entre des individus basée sur une libre association, un sens de l’intérêt général, une présence, une capacité d’aborder et comprendre en situation les relations humaines, une disposition à l’écoute et à l’échange. Chacun est considéré comme sujet autonome, auteur de sa pratique et de son discours. Il n’est pas en représentation ou en délégation ;


TRAVAIL COOPÉRATIF INTERDISCIPLINAIRE (chercheur collectif)

Redéfinir une manière de travailler ensemble en créant des espaces coopératifs misant sur la créativité, l’interdisciplinarité, provoquer des interfaces de transaction et de négociation de façon à ce que cette diversité participe à une intelligence collective. Même si ce « chercheur collectif » est un idéal type difficile à atteindre, équilibre entre une implication individuelle forte (clarté de positionnement en tant qu’acteur chercheur) et une dynamique de groupe (jeu d’interactions), il est possible d’atteindre des formes d’expérimentation qui dépassent la simple addition des compétences et des projets. C’est l’idée de « laboratoire social » qui innove des dispositifs et les nouveaux critères d’évaluation qui les accompagnent ;

PROBLÉMATIQUES PUBLIQUES (séminaires thématiques)

Regrouper le questionnement propre à chaque acteur dans des problématiques transversales autour desquelles peuvent s’organiser des séminaires de travail et être fait l’état des lieux des connaissances sur une question. C’est l’exercice de l’ « agir communicationnel », c’est-à-dire l’espace d’une confrontation rationnelle d’idées dans l’espace public. En permettant ainsi de poser des enjeux communs, les acteurs construisent une parole légitime et vérifient la pertinence politique de leur démarche comme option crédible d’une alternative démocratique, sociale, économique et scientifique au cœur de la réalité.

PRATIQUES D’ÉCRITURE (production de connaissance)

Permettre à travers des supports (plate-forme collaboratoire, travail autobiographique) le croisement entre différentes écritures (recherche, journal, etc.). C’est un processus de production de connaissance « open source » en temps réel. C’est également à travers la démarche d’ « acteur-chercheur » une manière de dépasser l’opposition habituelle entre le savant et le profane, l’expert et le praticien. C’est enfin la possibilité pour les personnes qui le souhaitent d’établir des passerelles en termes de validation d’un cursus à travers la réalisation d’un mémoire.

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