Recherche individuelle et Chercheur collectif
Nous partons de l’individu car c’est le signe aujourd’hui de l’appartenance moderne au monde. Et que pour comprendre le monde il nous faut passer par l’individu, plus précisément son parcours d’expérience qui n’est pas seulement individuel mais aussi social par les situations inter-individuelles ou collectives qu’il rencontre. Ces situations sont aussi culturelles par le fait qu’elles participent à une transformation de l’individu et de la société.
Chercheur individuel
Une étude sociologique extérieure reste insuffisante pour aborder la complexité (voir Edgar Morin) de la réalité contemporaine. Le travail autobiographique reste une démarche incontournable pour produire une connaissance de « l’intérieur ». « En effectuant le rapprochement des histoires individuelles par famille d’action, il devient plus facile d’examiner quelles voies sociales de riposte ou de sortie paraissent avoir été explorées ». (CABANES R. [2000], « Quelle approche biographique ? », in GAULEJAC V. (DE), LÉVY A. (Ss la Dir.), Récits de vie et histoire sociale : Quelle historicité ?, Paris : Eska, pp.11-28)
C’est donc déjà un travail sur soi qui permet de reconnaître le pouvoir et le savoir-vivre d’acteurs hors des dispositifs institués. Nous sommes effectivement tous détenteurs à travers nos parcours, de pratiques, de compétences, qui sont rarement mises en visibilité ou valorisées et qui pourtant définissent la qualité des espaces de travail dans lesquels nous nous investissons.
L’individu n’est pas « objet » de savoir mais « sujet » de production de connaissance dans un travail réflexif (aller-retour entre une réflexion et une pratique, appeler autrement « praxis », c’est-à-dire une pensée stratégique de la pratique) où chacun doit pouvoir dégager ses propres problématiques de recherche. Cela passe donc par l’entretien comme incitation au travail autobiographique, à l’écriture, etc.
Chercheur collectif
L’espace collectif comme l’atelier de recherche-action est un espace intermédiaire entre la sphère privée et la sphère publique. Il permet de confronter avec d’autres nos recherches et nos questions et donc de participer à une logique d’auto formation, de soutien méthodologique.
Ensuite, l’espace collectif est constitué par un jeu d’interaction qui permet aussi de dégager une dynamique qui dépasse l’addition des recherches individuelles, c’est ce que nous appelons « chercheur collectif ». C’est un idéal type difficile à atteindre car cela demande à la fois une implication individuelle forte (clarté de positionnement en tant qu’acteur chercheur) et une dynamique de groupe (voir charte des ateliers en recherche-action). Le chercheur collectif permet de réaliser ce que peut difficilement réaliser l’individu seul, par exemple tirer les enseignements d’une expérimentation collective sur un territoire en fonction d’enjeux régionaux. Rappelons que la recherche-action est nécessairement liée à cette transformation sociale (plus facile à provoquer collectivement dans une logique interdisciplinaire) qui va nous amener de nouvelles connaissances pour finalement nourrir nos recherches individuelles. Le chercheur collectif est donc un aller-retour constant entre l’individu et le collectif, la connaissance et l’expérimentation, le laboratoire culturel et social et le développement territorial, la pratique et réflexion.
Enfin l’atelier de recherche-action, comme antichambre de l’espace public, est l’exercice de l’ « agir communicationnel » (Habermas), c’est-à-dire l’espace où nous élaborons rationnellement par la confrontation d’idée des problématiques transversales en phase avec la réalité sociale, autrement dit, le sens du politique. Rappelons ainsi qu’une fonction importante de la recherche-action est d’outiller les acteurs à construire un discours légitime, en particulier en tant qu’« acteur-chercheur » (qualité d’expertise), sur leurs problèmes aux yeux de l’extérieur et plus particulièrement des institutions, des pouvoirs publics. Construire une parole que l’on exerce ensuite dans l’espace public, c’est le but des journées interstices qui se conçoivent comme une expérimentation en soi. Elles ont donc une double fonction : créer un espace public (restitution de recherche) et production de la connaissance (à partir d’un mode d’intervention originale). D’une autre manière, le réseau inter-régional avec sa plate-forme internet recherche-action.fr crée par l’innovation numérique de multiples centralités d’échanges et de mise en visibilité d’un processus dans l’espace public.
Chercheur-acteur
On comprendra pourquoi nous disons que la recherche-action est « une parole en acte ». C’est à ce titre à la fois une science « radicale » (implique toutes les dimensions humaines) et une science de la complexité (transdisciplinaire, intersectorielle, systémique). Ce qui conduit à faire du chercheur-acteur un être hybride culturellement, socialement et professionnellement, à l’image de la société moderne et de notre réseau en tant que précurseur-prescripteur de nouveaux modes d’organisation et d’implication.
