Distinguer l’important de l’urgent
Nous connaissons tous les discours « je n’ai pas le temps », « j’ai la tête dans le guidon », « je m’en occuperai après », qui sont symptomatiques de la dictature de l’urgence. L’urgence est liée à un rapport au temps, l’importance est liée à un rapport au sens. Bien souvent c’est l’urgence qui guide nos actes nous rendant esclaves d’un temps aliéné puisque nous perdons la maîtrise des projets censés porter nos actes et le sens de la production de notre travail. L’urgence est à l’opposé de l’innovation puisque, par facilité, pour aller au plus pressé, nous sommes dans la reproduction de ce que nous savons faire, pas dans l’exploration de nouvelles voies. De fait, la démarche de recherche-action, puisqu’elle n’entre jamais dans un critère d’urgence, ne sera jamais traitée et toujours repoussée à demain. Inverser les priorités c’est donc placer ce qui est important au centre, comme mode d’organisation de nos projets. C’est évité l’addition séquentielle des projets, ou le projet suivant chasse le projet précédent sans qu’aucune unité ne puisse se dégager. S’extirper de l’urgence, c’est donc pouvoir gérer sereinement le rapport entre processus et projets, où les projets sont au service d’un processus.
Comprendre plutôt que chercher à être reconnu
La meilleure façon de se comprendre et comprendre les situations complexes, c’est de comprendre comment fonctionnent les autres. La recherche-action est avant tout chose un travail sur l’humain, c’est sa « matière première ». C’est une parole en acte, pas un discours sur elle-même où l’on chercherait absolument être reconnu de l’extérieur. C’est une parole qui ne vient pas du haut, mais du bas. Elle ne prend pas de la hauteur détachée du contexte où elle s’exerce, c’est une parole qui prend de la profondeur à partir du processus intérieur qui nous transforme et transforme la réalité sociale. C’est ainsi que d’autres pourront comprendre et intégrer cette démarche, non pas sur un discours théorique, de principe ou d’intention, mais à travers le processus qui nous met en mouvement. Pour atteindre cet objectif, on peut se doter en complément d’outils que nous offrent les sciences sociales, comme le travail autobiographique, le travail d’écriture, le travail d’enquête ethnographique ou d’observation participante sur le terrain, etc.
Voir l’horizon, pas ses pieds
On n’avance jamais en regardant ses pieds, mais toujours en regardant devant soi. Si le projet s’arrête à des critères à court terme, alors nous ne réunissions jamais les conditions favorables en recherche-action pour le réaliser. Le réseau « espace populaire » n’aurait jamais existé puisqu’il est né d’abord d’une vision à long terme. Lorsqu’il a débuté au début des années 2000 tous les indicateurs étaient au rouge pour dire que cette initiative était pure perte. Huit ans après, nous prouvons exactement le contraire, puisque le réseau à construire une démarche cohérente. Si nous pouvons dégager une capacité à nous projeter sur le long terme, alors rien ne peut nous résister dans l’accomplissement de notre tâche. On arrive toujours à ses fins si on sait où on va, peu importent les difficultés qui se présentent sur la route, les détours qu’il faut parfois prendre. La recherche-action est comme une traversée, un voyage, lorsqu’on l’a débuté il faut continuer jusqu’à la fin d’un cycle qui se calcule en années, ne pas quitter le navire en cours de route. Alors nous récoltons le fruit de cet engagement dans notre capacité à être agent de transformation, et non pas subir les conditions présentes. Quelqu’un qui accomplit une démarche complète en recherche action, peut ensuite tout faire.
Créer l’espace pour ouvrir le champ du possible
Bien souvent des structures ou des associations entrent en crise, car les individus n’ont pas réagi à l’avance, mais ont attendu que les difficultés s’installent pour commencer à se bouger. C’est ce qui distingue l’aspect réactif de l’aspect proactif. D’un côté, on attend que la situation se dégrade pour réagir, donc toujours avec un train de retard. De l’autre côté, au contraire on crée des espaces pour dégager des alternatives, on n’attend pas que les événements se produisent, on les provoque. On rejoint le point du début, souvent les acteurs disent qu’ils n’ont pas le temps pour réfléchir sur ce qui leur arrive. La question ne se pose en ces termes : si on crée l’espace favorable à la recherche-action au sein de sa structure ou de son association, alors non seulement on trouve le temps et les moyens, mais finalement, on gagne beaucoup de temps et de moyens. Les réponses ne sont pas extérieures, mais dans la manière dont on pose les questions, en créant l’espace on est surpris que les réponses apparaissent naturellement en situation. Ainsi le chemin s’ouvre en cheminant. Après, c’est trop tard, car la recherche-action peut difficilement intervenir à chaud, une fois que la crise éclate et on paye des experts ou des spécialistes très chers pour intervenir de l’extérieur.
Miser systématiquement sur la coopération
On avance plus vite seul, mais on va beaucoup plus loin à plusieurs. Cela tombe bien, en recherche-action le but n’est pas d’aller vite mais d’aller loin. La participation, la coopération, le travail en réseau, la dynamique de groupe, sont autant de déclinaisons d’une même nécessité : mettre en synergie les connaissances, les compétences, les outils. C’est-à-dire qu’une dynamique collective n’est pas seulement l’addition des apports individuels, c’est quelque chose en plus qui dépasse chaque individu et qui permet de gérer ce rapport de l’individu au collectif. C’est ainsi comprendre que l’investissement au sein du collectif est aussi un gain personnel d’enrichissement. Dans une mise en synergie il n’y a pas de perdant il n’y a que des gagnants ! Les collectifs régionaux sont donc des espaces centraux qui seront d’autant plus riches et performants que les personnes qui y participent sont différentes dans leur parcours, leur discipline, leur champ d’activité. Là aussi nous avons des outils complémentaires pour assister ce travail collectif, en particulier les ateliers de recherche-action et les outils du travail coopératif à distance (sites Internet).
