nov 192009
 

Du travail sur les parcours d’expérience aux formes expérimentales de partage de la connaissance


Problématique:

Le collectif

Le contexte économique actuel permet aux diverses formes de collectifs de poser plus librement la question de leurs sens. Aujourd’hui, avec la raréfaction des ressources publiques, il est devenu périlleux de persister dans l’addition de projets, la spécialisation des compétences, la division des tâches et la négation des significations politiques des actions menées. Car une organisation collective qui se fonde ainsi, est une machine à dévorer l’argent public, or ce dernier fait défaut aujourd’hui. Ainsi, à moins de sombrer dans une logique de prestation de services marchands qui amèneraient les collectifs à un appauvrissement et à une asphyxie regrettables, la fin de la relative stabilité financière passée laisse éclater au grand jour une crise de sens latente et rampante jusqu’alors.

L’erreur première, serait de l’occulter. La seconde, serait de répondre aux questions posées par cette crise de sens, en utilisant les outils de la logique de projet, déjà à l’origine de la crise par l’épuisement humain qu’elle a entrainé.

Dans ce contexte, il est intéressant de voir naître de nouvelles formes collectives basées sur une démarche réflexive, et non sur les étapes d’un projet (cf. Accompagnement des porteurs de projet en milieu rural par l’entraînement mental). Dans une moindre mesure, d’autres groupes institués, fondés sur une logique d’actions programmées, mettent aujourd’hui à plat leur activité pour interroger son sens. Cependant il s’agit moins d’un vrai work in progress avec un questionnement chemin faisant, que d’une étude ponctuelle faite par un expert mandaté (cf, associations culturelles faisant appel aux méthodes de l’analyse institutionnelle pour réorganiser leur activité par le biais des DLA). Toutefois, malgré l’absence d’autoformation et de processus continu, cela dénote un besoin d’orientation de ces collectifs perdus dans leurs actions. Libre à nous de construire des outils d’autoformation, pour déplier les capacités d’expertise de chacun, plutôt que de faire appel à un expert extérieur.

L’individu

Les problèmes d’orientation de ces collectifs sur projet trouvent en partie leur source dans la désaffection que les individus ressentent quand à leur position au sein du collectif. Le labeur dépassionné prend le pas sur un travail de la culture potentiellement exaltant. Ainsi s’opère une division entre les sphères de la création, du travail, de la passion, du domicile, du bureau, du voyage, de la culture… L’individu éclaté entraîne un collectif utilitariste dépassionné souffrant d’incomplétude.

Or, dans ce contexte, une génération d’acteurs tend à créer ses propres formes d’organisations professionnelles, culturelles, économiques… La multiplicité de ses références et de ses compétences, ainsi que la diversité de ses champs d’expérience, sont en contradiction avec la spécialisation restrictive que proposent les catégories socio-professionnelles. Ces acteurs sont dans l’obligation de déplier des énergies créatives pour construire leur parcours en cohérence. Par l’expérimentation se développe ici un terreau fertile capable d’ouvrir les schémas économiques, sociaux et culturels sclérosés. Alors, accompagner ces parcours par la recherche-action de manière à ce que chacun puisse habiter pleinement son expérience, suggère d’aborder l’individu comme élément total, multidimensionnel, tel un millefeuille d’expériences.

Proposition:

L’individu et son parcours d’expérience sont donc au cœur de notre proposition: ouvrir des ateliers publics populaires où s’expriment et résonnent entre elles les singularités individuelles, où se construisent et se partagent des connaissances, où se dessinent de nouvelles formes collectives d’organisation, où le territoire devient lisible et se transforme et où le sens est sans cesse travaillé, écrits à l’appui. Il s’agit donc de créer du collectif et du réseau sur la base d’une démarche commune, d’une manière plus organique et interconnectée, en partant de l’individu en tant que millefeuille d’expérience.

Contrairement aux méthodes classiques de transmission descendante du savoir réalisée par les experts savant vers les profanes, l’atelier populaire est un espace où des acteurs en autoformation partagent entre eux leurs travaux de recherche, et où les méthodes se construisent de façon concomitante.

Architecture:

Nous proposons une organisation souple pour s’adapter aux différents niveaux d’implication dans la démarche de recherche-action. Les ateliers populaires doivent à la fois pouvoir servir de plateforme collective de travail pour les chercheurs-acteurs et d’espace de formation pour des acteurs qui ne sont pas dans un démarche de recherche régulière.

Le premier niveau de rencontre est celui des ateliers de recherche-action. Il s’agit de travailler sur les matériaux écrits issus des récits de parcours en réalisant une analyse horizontale (par thèmes divers) entre les entretiens. L’atelier est aussi un temps de respiration pour les personnes en formation par la recherche-action où l’on partage son expérience relative à des problématiques qui traversent le collectif en présence.

Le second niveau est constitué de journées de formation par la recherche-action, organisées sur un thème précis. Une personne en recherche y présente son travail de connexions préalable sur une problématique précise. Donnant à la fois des éclairages sur le contenu de ses recherches et sur la méthode employée, l’intervenant n’opère pas en expert sur une question, mais en chercheur-acteur présentant la problématique selon des dimensions multiples (vécu, lecture, films, créations, voyages, rencontres, travail…). Le but n’est pas de dispenser verticalement de la connaissance, mais de montrer comment elle peut être produite par les acteurs eux-mêmes et de provoquer l’opportunité de réaliser un tel travail sur place avec les personnes en présence.

Le troisième volet de ces ateliers populaires est une journée de type « interstice ». C’est une manière d’ouvrir sur la place publique un espace expérimental ou chacun arrive avec ses bagages, constitués d’intuitions, de recherches, de réflexions, d’expériences, de pratiques. En apportant nos propres matériaux nous pouvons créer des interactions entre nos différents moyens d’expressions (la prise de parole, le micro, le stylo, le pinceau, la bombe de peinture, la caméra, l’instrument, la fuite !). Ni un colloque, ni un spectacle, ni une réunion privée, une journée interstice est avant tout une démarche. Ce qui nous rapproche ce jour là, c’est la nécessité de partager nos éléments de recherche quant à nos propres pratiques, en dépassant les frontières des secteurs du champ culturel.

Methodologie

Niveau Individuel

  • Travail sur le parcours d’expérience
    • Entretien sous la forme d’un récit de parcours, avec une autre personne en recherche-action.
    • Retranscription à l’écrit
  • Problématisation
    • Aller-retour sur le texte et entretiens complémentaires sur points clés
    • Recherches complémentaires
  • Travail de l’imaginaire
    • Formulation des idéaux
  • Expérimentations
    • Evaluation concomitante
    • Retour sur entretiens

Niveau collectif

  • Ateliers de recherche action
    • Analyse horizontale des entretiens
    • Partage d’expériences
  • Formation-action
    • Présentation d’un travail de connexions sur une problématique précise
  • Journées interstices
    • Espace public expérimental
    • Interaction entre différents niveaux d’expressions

  • Expérimentations
    • Evaluation concomitante
    • Retour en ateliers

Protocoles et notions clés :

  • Parole en actes
  • Autoformation
  • Travail en situation
  • Autonomie – être auteur
  • Transdisciplinarité
  • Pensée de la complexité
  • Démarche holistique
  • Work in progress
  • Evaluation à chaud
  • Chercheur collectif
  • Pratique des espaces intermédiaires

Organisation

    Référent acteur/chercheur : nicolas.guerrier@recherche-action.fr, ingénieur culturel et formateur en recherche-action, animateur du LISRA limousin
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