Archive pour la catégorie ‘Intervention Interstice Goutte d’Or’

Entre l’Université populaire et une journée Interstice

Vendredi 4 septembre 2009

Toujours est-il au même endroit et tout en prenant ce même café, je me pose ce matin la question[1] des liens et des différences entre l’Université populaire et une des journées «Interstice» organisées par le LISRA. Avant de répondre à cette question, je dois préciser que je base toute la réflexion de cet article sur la projection de ce que peut être l’Université populaire expérimentale de Paris VIII[2] et mon unique contribution[3] aux multiples journées « Interstices » organisées par le LISRA.

Ces liens semblent évidents car il nous faut travailler quelque chose dans ce sens là : la démarche de recherche-action, la démarche d’autoformation collective ou quelque chose de ce genre. Il y a quelque chose de semblable qui serait à dégager de ces initiatives : il s’agit de construire collectivement une représentation nécessaire et suffisante de ce que l’on vit, de ce que l’on souffre, bref, de se représenter toutes nos difficultés à vivre : d’être cet acteur précaire d’un système[4] … Aussi, de là, il faudrait dégager quelque chose de plus politique ou il faudrait construire ensemble une vraie parole transcendante, parole sortante de la sphère privée de notre réseau pour se fracasser dans l’espace public[5]. Comment ? C’est toute la question que je pose au collectif LISRA et à l’Université populaire expérimentale de Paris VIII.

Un autre lien à déceler est celui de la posture du chercheur ou tout au moins celle des acteurs en recherche à travers ce qu’ils font. Si le nom des acteurs n’est pas le même : d’un côté, chercheurs-acteurs du LISRA et de l’autre, apprentis-chercheurs/animateurs de l’U2P8, leur action semble s’inscrire dans la même mouvance de réflexion autour de leur expérience ancrée dans une réalité sociale non satisfaisante dont il est urgent de transformer collectivement avec et sans doute les mêmes soucis notamment celui du rapport à l’écriture.

Différentes voire même contradictoire car le cadre institutionnel n’est pas, du tout, le même. D’un côté, l’U2P8 est une projection d’universitaires, militants-chercheurs dont l’objectif est d’atteindre des personnes les plus éloignées de l’université pour les amener peu à peu sur les bancs de la fac. De l’autre côté, le laboratoire LISRA est composé d’acteurs souvent très éloignés de l’Université et dont leurs travaux de recherche pourraient, sans aucun doute, intéressés la fac. Se pose alors toute la question de la rencontre entre l’U2P8 et le LISRA !

La rencontre est rêvée, souhaitée voire même envisageable ! « Nous avons besoin de nous », cette invitation n’est pas à prendre à la légère car derrière cette boutade, se présente des enjeux de confrontations nécessaires pour établir des liens forts entre les acteurs de terrain et l’Université. Enjeux car les acteurs de terrain ne supportent plus vraiment d’être considérés comme dans une éprouvette, enjeux car les universitaires ont bien du mal à trouver un terrain. Rencontres enjeux et surtout échanges mutuels entre nous et nous.


[1] A la demande d’Hugues Bazin
[2] Son lancement est prévu seulement en octobre 2009.
[3] Celle du 2 juillet 2009 à la Goutte d’Or, quartier du XVIII eme arrondissement de Paris.
[4] En référence à Crozier
[5] En référence à Habermas

L’impasse de l’écriture collective

Dimanche 30 août 2009

Bref, je ne suis pas arrivé à faire ce que je voulais, les participants de cet atelier n’ont pas du tout écrit l’histoire de leur quartier. Cependant, j’ai dû produire des choses parce que je m’étais engagé à produire auprès du centre social, j’ai donc fait un petit bouquin de 25 pages, ce film là et une exposition au centre social. Et pourtant, j’ai essayé d’animer un atelier d’écriture collective mais ce n’était pas du tout ce qui les intéressait. D’ailleurs, l’exercice d’une écriture collective est voué de suite à l’échec car l’écriture est foncièrement individuelle même si elle est vécue collectivement. Mais comment écrit-on une histoire de vie collective?

Qu’est ce qu’une histoire de vie collective ? Déjà, il est sûr que ce n’est pas la somme d’histoires individuelles, l’ouvrage de Bourdieu La misère du monde n’est pas une histoire de vie collective, simplement un catalogue de neuf biographies. Nous allons regarder plus précisément dans la typologie des histoires de vie de l’ouvrage Histoires de vie de Pineau et de Le Grand (pages 109-110). Mais, déjà, je précise qu’il existe deux grandes catégories, l’histoire d’un groupe écrite par lui-même (en sachant que toute écriture est individuelle et personnelle) ou par une personne appartenant à ce groupe. De ce fait, le travail mené depuis quelques années par Christian Lefeuvre et Françoise Tétard autour de l’histoire du mouvement Culture et Liberté est une histoire de vie collective et donc, cela implique que nous pouvons considérer que toutes les histoires associatives écrites par, au moins, un des membres de l’association sont des histoires de vie collectives. Cela allonge considérablement la liste, aussi, faut-il compter sur les mémoires de territoires telles que les quartiers, communes, … dès lors qu’elles sont écrites par une personne habitant ce territoire. Pour aller plus loin et afin de stabiliser la définition, il est possible de croiser la typologie de Le Grand avec les quelques exemples dans l’ouvrage Histoires de vie collectives et éducation populaire. Cela permettra de mieux cerner cette définition car s’y ajoute les notions d’événement vécu en commun ou bien de phénomène partagé par une même génération, par exemple, l’immigration maghrébine des années 70 en France. Ce travail de définition est à poursuivre, il a bien débuté mais il est loin d’être terminé, notamment, certains points nous invitent à vouloir définir la notion du collectif. En effet, si nous travaillons à partir de l’idée de la mémoire générationnelle alors la notion de collectif est indéterminée, voire floue, peu précise. Par contre, si, par exemple, nous travaillons autour de l’idée d’un territoire alors là, il est tout à fait possible de recenser ses habitants, la notion de collectif est alors beaucoup plus précise. Dans les deux cas, le collectif n’a pas le même sens.

De l’Ecole de Chicago à la phénoménologie husserlienne

Dimanche 30 août 2009

Et pourtant, je suis persuadé de l’efficacité de l’école de Chicago lorsque, dans les années 1910, elle procède à ce genre de stratégie de recherche sur le terrain car elle a produit énormément de connaissances notamment sur l’écologie urbaine. Il ne s’agissait pas de production de connaissances globalisante notamment les statistiques, les chercheurs de cette école sont descendus dans la rue et s’y sont installés à l’écoute de ce qui se passait réellement. Cette école est, en fait, le creuset du renouveau des histoires de vie et de l’observation participante, bref, de la sociologie qualitative bien loin d’une étude quantitative. Toujours est-il que la question se pose de la pertinence d’une observation faite au niveau local. Est-elle généralisable ? Ou plus concrètement, à partir d’une observation faite au niveau local, peut-on produire des connaissances à visées universelles ? C’est toute la question de la réduction phénoménologique posée par Husserl, question reposée par la suite par Derrida si l’on a un quelconque intérêt pour les travaux de Lévi-Strauss[1].

Autre question encore bien plus sensible, comment réinvestir la recherche sur un terrain observé ou comment ne plus considérer seulement « ces gens observés» comme s’ils vivaient dans une éprouvette ? Bref, comment s’engager auprès de ces personnes pour que nos[2] conditions de vie s’améliorent ? Pour revenir à l’école de Chicago, Small, fondateur et premier directeur du département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Chicago déclare : « En toute sincérité [...], je déclare ma conviction que la science sociale est le plus saint sacrement ouvert aux hommes ». Il recherche à travers la sociologie, à améliorer le sort des hommes et ne fait pas de distinction entre la sociologie et le travail social. Depuis, ce n’est que, peu à peu, que les filières entre la sociologie et le travail social vont se diversifier, se séparer et que le concept de la recherche-action semble, peu à peu, se rapprocher de l’éprouvette tout en s’éloignant, de plus en plus, de la transformation sociale, politique et culturelle, transformation si urgente à entreprendre. La pensée husserlienne peut, alors et sans doute, contribuer à retisser le lien entre pensée locale et action globale.


[1] Nouvelle question notamment lorsque nous évoquons allègrement la question de la phénoménologie, devons-nous être structuraliste ou existentialiste, voire les deux lorsque nous creusons le fondement même de nos recherches sur le terrain lancées un peu au hasard comme cet atelier ?
[2] C’est toute la question de l’éducation populaire. En effet, elle suppose de travailler ensemble pour que nous transformons nos conditions de vie tout en apprenant à lutter ensemble. Dans le même temps, il faut accepter que nos combats locaux s’élargissent à des causes plus globales. Et c’est ainsi toute la difficulté de l’éducation populaire à travers la question posée du travail de la culture en référence à Arendt.

Entre recherche-action et observation-participante

Dimanche 30 août 2009

En fait, j’étais un chercheur débutant faisant son travail de thèse autour des histoires de vie collectives et dont la méthodologie élaborée se situait entre la recherche-action et l’observation participante, bien loin de l’animateur et du guide touristique. J’étais, dans l’observation  de toutes les réactions des participants dans cette volonté de me fondre dans le groupe, bref être un participant comme les autres. Sauf que cela ne marche pas non plus car je pouvais me « camoufler » autant que possible, j’étais toujours perçu comme un animateur, guide, chercheur,… Depuis cet atelier,  je ne crois plus à l’égalité ou, tout au moins, à cette vision horizontale entre le chercheur et les acteurs, les acteurs restent acteurs, préoccupés par leur préoccupation et le chercheur reste chercheur quelque soit son camouflage, quelque soit sa couverture.

Ce que ne montrent pas les images !

Dimanche 30 août 2009

Mon ami documentariste[1], Jean Paul Manière a réalisé un très bon montage pour obtenir ce film mais il nous a bien caché ce qui ne marchait pas. A l’image, les participants de ce groupe sont bien groupés, tout va bien mais dans la plupart du temps le groupe ressemblait plus à un accordéon, certains regardaient les magasins par ci et les gamins partaient par là. Et je passais la plupart de mon temps à courir après tout le monde pour les rassembler. Il est vrai que je ne suis pas fait pour être un bon animateur. De plus, ces personnes usagers du centre social et participantes à cet atelier sont habituées à être inscrites dans une activité encadrée par un animateur et pourtant deux d’entre elles sont bien plus âgées que moi, mères de famille gérant leur petite vie de famille et je me sentais bien mal placé pour manifester une quelconque autorité même très bienveillante. Je ne serai jamais un bon guide et pourtant cela est complètement invisible à l‘image.


[1] A voir leur excellent site : http://www.d4y.org/

La recherche-action est-elle une affaire de traduction ?

Dimanche 30 août 2009


J’avais construit ce projet de manière très universitaire, il faisait au moins une quarantaine de pages avec tout notre jargon, nos concepts et lorsque je l’ai présenté au centre social, personne ne l’a vraiment compris alors j’ai dû le traduire en langage associatif et, surtout, le présenter en cinq pages. Ces cinq pages, c’était déjà beaucoup mais cela m’a permis de mieux le faire comprendre aux responsables du centre social. Ceci fait, ils m’ont invité à le présenter lors d’une séance d’un atelier de socialisation à caractère langagier[1] à des usagers[2] potentiellement intéressés par cette démarche. Aussi, ces derniers n’ont absolument pas compris ces cinq pages laborieusement traduites et je me suis retrouvé dans cette situation où j’ai dû réexpliquer des termes me paraissant aussi simples que l’histoire, la mémoire, la trace, … A la fin de l’atelier, j’ai rendu compte au centre social et donc traduit en langage associatif la production du petit groupe constitué lors de cet atelier et puis traduit une seconde fois, cette fois-ci pour mes collègues universitaires sans omettre l’utilisation de notre incontournable jargon.


[1] Et pourquoi pas, atelier de soumission à l’impérialisme de l’écriture phonétique ? En référence à J. Derrida.
[2] Usagers voire usagés et donc jetables dès qu’ils sont épuisés.