Je pars ce matin à Lille, car je suis jury dans une soutenance d’un M2. J’ai encore lu le mémoire hier dans l’après-midi et je toujours autant surpris par son contenu. En effet et malgré une très belle écriture et la maîtrise du journal de recherche, je n’ai toujours pas trouvé de problématique c’est-à-dire une question de départ voire une trace d’une commande; un état de la recherche car il est vraiment intéressant d’avoir un panorama de l’ingénierie de formation en éducation populaire; enfin, une hypothèse à confronter au terrain. Je ne parle pas même de l’absence quasi totale d’une conjoncture théorique bien indispensable lorsque l’on se projette ingénieur de formation. J’ai dénombré seulement sept références théoriques dispersées le long des 107 pages, de plus, la biblio est trop faible pour un M2. Ce manque d’ancrage théorique laisse la porte ouverte au discours dominant, ce mémoire nous laisse penser à un bateau dérivant au gré du courant. J’ai quelques exemples montrant cette faiblesse dans la posture du futur ingénieur de formation dans ce mémoire. Aussi, fait remarquable, l’auteur de ce mémoire a bien du mal à discerner les faits de sa propre opinion et cela peut être une des causes de cette faiblesse dans l’ancrage théorique. Cela est un réel exercice mental à produire et bien moins évident qu’il n’y parait, car il nous jette radicalement dans l’apparaître ou le phénomène décrit par Husserl. En effet, l’opinion pouvant être considérée comme subjective et les faits entendus comme objectifs nous adviennent dans le même temps à notre entendement sans trop préciser leur objectivité ou leur subjectivité. Ce genre de difficulté se retrouve aussi dans la simple observation ou comment opérer la miraculeuse séparation entre le fait observé et son interprétation immédiate? Nous sommes toujours dans ce clivage objectivité/subjectivité et la phénoménologie husserlienne nous propose de le dépasser. De ce fait, cette dernière devient alors une méthode d’approche qu’il faut expérimenter au plus vite sur nos chers terrains. Il est possible de le faire dans le cadre de la prochaine séance d’entraînement mental prévue à Montpellier chez nos amis de l’IE-PEC début juillet. Il s’agit justement de montrer la différence entre faits et opinions par l’intermédiaire du jeu des « couples célèbres » et cette présentation libre de chacun dans une démarche métacognitive (mais cela reste à vérifier) peut être un lieu où nous pouvons expérimenter cette démarche.