Journal du 19 sept. 2009 lors de l’Assemblée Générale de l’Union Peuple et Culture
L’intervention de Georges Goyet (le tout nouveau trésorier de PeC Union) me plait bien car il évoque cette notion du temps, non pas dans sa gestion mais dans cette « urgence de prendre son temps ». Ou comment se libérer de ce temps contraint pour se regarder répondre à l’injonction à ce non-gaspillage du temps nécessaire afin de produire la richesse de certains autres? Cette dernière phrase semble bien compliquée mais elle résume tout l’enjeu de méditation sur notre propre quotidien ou, tout au moins, se donner les moyens de penser sa vie. Cela nous invite bien sûr à penser la réflexibilité non pas « nombriliste » mais entendue comme un retour voire un travail sur soi pour mieux appréhender les questions qui nous traversent. De là, se posent bien d’autres questions, est-ce que la recherche est forcément impliquée ? Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse ? Ces trois dernières questions rejoignent, quelque part, toute la réflexion que nous entretenons depuis près de deux ans lorsque nous travaillons la démarche pédagogique de l’université populaire de Paris VIII.
Est-ce que la recherche est forcément impliquée ? La réponse à cette question ne semble pas si évidente quant à l’implication du chercheur dans sa recherche surtout quand elle exige le recul nécessaire à la compréhension de la question. Bref, la recherche en sciences sociales serait une sorte de va-et-vient entre un dehors et un dedans, mouvement où le chercheur doit lui-même déterminer les frontières voire la porosité de ces mêmes frontières. Cela me fait penser aussi à cette question posée aux jeunes chercheurs au tout début de leur recherche : êtes-vous prêt à consacrer plus de cinq ans de votre vie et à lire une centaines d’ouvrages sur cette question ? Cette provocation recentre régulièrement ces apprentis chercheurs vers des questions de recherche proches de ce qu’ils vivent car l’investissement dans leur recherche doit produire un retour sur cet investissement ou plus précisément un retour existentiel.
Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Cette question est difficile, même gênante car ma réponse est assujettie aux pratiques de recherche de mon laboratoire. En effet, l’autobiographie et la tenue d’un journal de recherche sont des pratiques très courantes à Experice au point d’être nous-mêmes persuadés qu’elles sont utilisées par tous. A ce sujet, je tombe régulièrement dans le syndrome du « best way » et je dois vous avouer de ne pas connaitre d’autres pratiques pour appréhender une question de recherche. Alors, si vous avez un éclairage différent à ce sujet, je suis preneur ! Je dois aussi avouer toute ma difficulté à trouver une correspondance claire entre mon propre sujet de recherche et mon histoire de vie. A cela, Jacqueline Palmade, professeure émérite à Paris IX et co-directrice de ma thèse me dit régulièrement qu’il existe une correspondance symbolique entre les deux. Et pourtant, elle ne croit pas du tout à l’approche scientifique des histoires de vie. Il est vrai aussi que je suis un enfant des surlendemains de la deuxième guerre mondiale baignant dans le traumatisme ambiant de l’horreur de ces trente millions de morts. Il est vrai aussi que je connais parfaitement bien tous les enchainements de cette guerre et cela sur les différents fronts à travers le monde. De là, à consacrer plus de sept ans de ma vie à la question des plaques commémoratives de la deuxième guerre mondiale !
Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse pour comprendre ce que l’on recherche ? Bref, est-il bien nécessaire de passer par là ? Je n’en suis pas sûr et pourtant lorsque j’ai écrit mon autobiographie, j’ai ressenti ce phénomène de retrouvaille avec moi-même, cette sensation de plénitude (dans le sens d’une vie pleine) voire en harmonie lorsque je me regarde vivre cette vie tumultueuse d’autodidacte. Je n’ai pas complètement saisi le nœud entre ma recherche et ma vie et donc bien incapable de l’expliquer. Cependant, je sais que ce n’est pas très grave et que je me lancerai pas dans une psychanalyse pour autant. Dans le même temps, je pense qu’il faut prendre le temps nécessaire pour penser ce genre de questions même si la réponse ne nous vient pas dans l’immédiat. Descendre de son vélo pour se regarder pédaler ou se mettre à sa fenêtre pour se regarder défiler (nous avons le choix entre vision sportive ou militante) me paraît essentiels dans une démarche de chercheur.