Archive pour septembre 2009

Il est urgent de prendre son temps

Dimanche 27 septembre 2009

Journal du 19 sept. 2009 lors de l’Assemblée Générale de l’Union Peuple et Culture

L’intervention de Georges Goyet (le tout nouveau trésorier de PeC Union) me plait bien car il évoque cette notion du temps, non pas dans sa gestion mais dans cette « urgence de prendre son temps ». Ou comment se libérer de ce temps contraint pour se regarder répondre à l’injonction à ce non-gaspillage du temps nécessaire afin de produire la richesse de certains autres? Cette dernière phrase semble bien compliquée mais  elle résume tout l’enjeu de méditation sur notre propre quotidien ou, tout au moins, se donner les moyens de penser sa vie.  Cela nous invite bien sûr à penser la réflexibilité non pas « nombriliste » mais entendue comme un retour voire un travail sur soi pour mieux appréhender les questions qui nous traversent. De là, se posent bien d’autres questions, est-ce que la recherche est forcément impliquée ? Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse ? Ces trois dernières questions rejoignent, quelque part, toute la réflexion que nous entretenons depuis près de deux ans lorsque nous travaillons la démarche pédagogique de l’université populaire de Paris VIII.

Est-ce que la recherche est forcément impliquée ? La réponse à cette question ne semble pas si évidente quant à l’implication du chercheur dans sa recherche surtout quand elle exige le recul nécessaire à la compréhension de la question. Bref, la recherche en sciences sociales serait une sorte de va-et-vient entre un dehors et un dedans, mouvement où le chercheur doit lui-même déterminer les frontières voire la porosité de ces mêmes frontières. Cela me fait penser aussi à cette question posée aux jeunes chercheurs au tout début de leur recherche : êtes-vous prêt à consacrer plus de cinq ans de votre vie et à lire une centaines d’ouvrages sur cette question ? Cette provocation recentre régulièrement ces apprentis chercheurs vers des questions de recherche proches de ce qu’ils vivent car l’investissement dans leur recherche doit produire un retour sur cet investissement ou plus précisément un retour existentiel.

Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Cette question est difficile, même gênante car ma réponse est assujettie aux pratiques de recherche de mon laboratoire. En effet, l’autobiographie et la tenue d’un journal de recherche sont des pratiques très courantes à Experice au point d’être nous-mêmes persuadés qu’elles sont utilisées par tous. A ce sujet, je tombe régulièrement dans le syndrome du « best way » et je dois vous avouer de ne pas connaitre d’autres pratiques pour appréhender une question de recherche. Alors, si vous avez un éclairage différent à ce sujet, je suis preneur ! Je dois aussi avouer toute ma difficulté à trouver une correspondance claire entre mon propre sujet de recherche et mon histoire de vie. A cela, Jacqueline Palmade, professeure émérite à Paris IX et co-directrice de ma thèse me dit régulièrement qu’il existe une correspondance symbolique entre les deux. Et pourtant, elle ne croit pas du tout à l’approche scientifique des histoires de vie. Il est vrai aussi que je suis un enfant des surlendemains de la deuxième guerre mondiale baignant dans le traumatisme ambiant de l’horreur de ces trente millions de morts. Il est vrai aussi que je connais parfaitement bien tous les enchainements de cette guerre et cela sur les différents fronts à travers le monde. De là, à consacrer plus de sept ans de ma vie à la question des plaques commémoratives de la deuxième guerre mondiale !

Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse pour comprendre ce que l’on recherche ? Bref, est-il bien nécessaire de passer par là ? Je n’en suis pas sûr et pourtant lorsque j’ai écrit mon autobiographie, j’ai ressenti ce phénomène de retrouvaille avec moi-même, cette sensation de plénitude (dans le sens d’une vie pleine) voire en harmonie lorsque je me regarde vivre cette vie tumultueuse d’autodidacte. Je n’ai pas complètement saisi le nœud entre ma recherche et ma vie et donc bien incapable de l’expliquer. Cependant, je sais que ce n’est pas très grave et que je me lancerai pas dans une psychanalyse pour autant. Dans le même temps, je pense qu’il faut prendre le temps nécessaire pour penser ce genre de questions même si la réponse ne nous vient pas dans l’immédiat. Descendre de son vélo pour se regarder pédaler ou se mettre à sa fenêtre pour se regarder défiler (nous avons le choix entre vision sportive ou militante) me paraît essentiels dans une démarche de chercheur.

Entre l’Université populaire et une journée Interstice

Vendredi 4 septembre 2009

Toujours est-il au même endroit et tout en prenant ce même café, je me pose ce matin la question[1] des liens et des différences entre l’Université populaire et une des journées «Interstice» organisées par le LISRA. Avant de répondre à cette question, je dois préciser que je base toute la réflexion de cet article sur la projection de ce que peut être l’Université populaire expérimentale de Paris VIII[2] et mon unique contribution[3] aux multiples journées « Interstices » organisées par le LISRA.

Ces liens semblent évidents car il nous faut travailler quelque chose dans ce sens là : la démarche de recherche-action, la démarche d’autoformation collective ou quelque chose de ce genre. Il y a quelque chose de semblable qui serait à dégager de ces initiatives : il s’agit de construire collectivement une représentation nécessaire et suffisante de ce que l’on vit, de ce que l’on souffre, bref, de se représenter toutes nos difficultés à vivre : d’être cet acteur précaire d’un système[4] … Aussi, de là, il faudrait dégager quelque chose de plus politique ou il faudrait construire ensemble une vraie parole transcendante, parole sortante de la sphère privée de notre réseau pour se fracasser dans l’espace public[5]. Comment ? C’est toute la question que je pose au collectif LISRA et à l’Université populaire expérimentale de Paris VIII.

Un autre lien à déceler est celui de la posture du chercheur ou tout au moins celle des acteurs en recherche à travers ce qu’ils font. Si le nom des acteurs n’est pas le même : d’un côté, chercheurs-acteurs du LISRA et de l’autre, apprentis-chercheurs/animateurs de l’U2P8, leur action semble s’inscrire dans la même mouvance de réflexion autour de leur expérience ancrée dans une réalité sociale non satisfaisante dont il est urgent de transformer collectivement avec et sans doute les mêmes soucis notamment celui du rapport à l’écriture.

Différentes voire même contradictoire car le cadre institutionnel n’est pas, du tout, le même. D’un côté, l’U2P8 est une projection d’universitaires, militants-chercheurs dont l’objectif est d’atteindre des personnes les plus éloignées de l’université pour les amener peu à peu sur les bancs de la fac. De l’autre côté, le laboratoire LISRA est composé d’acteurs souvent très éloignés de l’Université et dont leurs travaux de recherche pourraient, sans aucun doute, intéressés la fac. Se pose alors toute la question de la rencontre entre l’U2P8 et le LISRA !

La rencontre est rêvée, souhaitée voire même envisageable ! « Nous avons besoin de nous », cette invitation n’est pas à prendre à la légère car derrière cette boutade, se présente des enjeux de confrontations nécessaires pour établir des liens forts entre les acteurs de terrain et l’Université. Enjeux car les acteurs de terrain ne supportent plus vraiment d’être considérés comme dans une éprouvette, enjeux car les universitaires ont bien du mal à trouver un terrain. Rencontres enjeux et surtout échanges mutuels entre nous et nous.


[1] A la demande d’Hugues Bazin
[2] Son lancement est prévu seulement en octobre 2009.
[3] Celle du 2 juillet 2009 à la Goutte d’Or, quartier du XVIII eme arrondissement de Paris.
[4] En référence à Crozier
[5] En référence à Habermas

La composition du groupe

Vendredi 4 septembre 2009

La composition du groupe pose, en fait, la question du choix entre une composition homogène ou hétérogène du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs. Faut-il projeter un groupe composé de personnes appartenant à la même tranche d’âge, même catégorie socioprofessionnelle, … ou faut-il privilégier la mixité sociale, générationnelle, … ? La réponse à cette question se situerait plutôt du côté de la diversité car elle est source de richesse mais soyons pragmatique, le groupe se constituera à partir des personnes intéressées par cette démarche et nous n’aurons pas vraiment le choix. D’ailleurs et en fonction de cette réalité, nous avons retiré le terme « sélection » du vocabulaire de l’Université populaire expérimentale de Paris VIII pour le remplacer par celui de « d’entretien d’accueil ». En effet, lors de ce dernier, nous vérifierons seulement et ensemble la disponibilité et l’engagement des personnes intéressées dans la constitution du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs.

Le rapport à l’écriture

Vendredi 4 septembre 2009

Le rapport à l’écriture pose, en fait, la question plus large de l’approche pédagogique et de la production de connaissances au sein de l’Université populaire. Comme il a été précisé lors de cette assemblée, la démarche proposée ici articule deux pratiques  pédagogiques particulières :

  • La première est issue de l’éducation populaire et se situe dans des méthodes d’autoformation collective éprouvées depuis la Résistance. Elles s’appliquent à des groupes dont la plupart est composée d’autodidactes et ces groupes deviennent, de ce fait, des chercheurs collectifs.
  • La seconde est issue de ce qui est vécu dans le troisième cycle universitaire lorsque les étudiants sont confrontés à l’écriture de mémoire ou de thèse. Nous nous situons plutôt dans une démarche d’accompagnement et de déblocage dans la production de connaissances.

Ces deux pratiques conjuguées permettent de concevoir l’écriture non plus comme un frein mais comme un levier, de transformer le problème de l’écriture en projet d’apprentissage (en référence aux productions universitaires autour de la question de l’autodidactie). De toute façon, le groupe sera accompagné par des chercheurs-formateurs expérimentés à ce genre de difficultés et nous prendrons le temps nécessaire pour réaliser ensemble ce projet d’apprentissage.