Opinion et faits, la question de l’observation

18 juin 2010

Je pars ce matin à Lille, car je suis jury dans une soutenance d’un M2. J’ai encore lu le mémoire hier dans l’après-midi et je toujours autant surpris par son contenu. En effet et malgré une très belle écriture et la maîtrise du journal de recherche, je n’ai toujours pas trouvé de problématique c’est-à-dire une question de départ voire une trace d’une commande; un état de la recherche car il est vraiment intéressant d’avoir un panorama de l’ingénierie de formation en éducation populaire; enfin, une hypothèse à confronter au terrain. Je ne parle pas même de l’absence quasi totale d’une conjoncture théorique bien indispensable lorsque l’on se projette ingénieur de formation. J’ai dénombré seulement sept références théoriques dispersées le long des 107 pages, de plus, la biblio est trop faible pour un M2. Ce manque d’ancrage théorique laisse la porte ouverte au discours dominant, ce mémoire nous laisse penser à un bateau dérivant au gré du courant. J’ai quelques exemples montrant cette faiblesse dans la posture du futur ingénieur de formation dans ce mémoire. Aussi, fait remarquable, l’auteur de ce mémoire a bien du mal à discerner les faits de sa propre opinion et cela peut être une des causes de cette faiblesse dans l’ancrage théorique. Cela est un réel exercice mental à produire et bien moins évident qu’il n’y parait, car il nous jette radicalement dans l’apparaître ou le phénomène décrit par Husserl. En effet, l’opinion pouvant être considérée comme subjective et les faits entendus comme objectifs nous adviennent dans le même temps à notre entendement sans trop préciser leur objectivité ou leur subjectivité. Ce genre de difficulté se retrouve aussi dans la simple observation ou comment opérer la miraculeuse séparation entre le fait observé et son interprétation immédiate? Nous sommes toujours dans ce clivage objectivité/subjectivité et la phénoménologie husserlienne nous propose de le dépasser. De ce fait, cette dernière devient alors une méthode d’approche qu’il faut expérimenter au plus vite sur nos chers terrains. Il est possible de le faire dans le cadre de la prochaine séance d’entraînement mental prévue à Montpellier chez nos amis de l’IE-PEC début juillet. Il s’agit justement de montrer la différence entre faits et opinions par l’intermédiaire du jeu des « couples célèbres » et cette présentation libre de chacun dans une démarche métacognitive (mais cela reste à vérifier) peut être un lieu où nous pouvons expérimenter cette démarche.

Un point sur l’avancée du recueil biographique

13 mai 2010

Collecte des biographies

Plusieurs sources sont à notre disposition pour collecter des biographies, elles peuvent provenir :

  • d’apprentis-chercheurs volontaires de l’Université populaire de Paris VIII ;
  • d’associations de notre réseau ;
  • de syndicalistes proches de notre association.

Cependant, il semble utile de procéder à un appel à bonnes volontés notamment dans le 18eme arrondissement de Paris et à St Denis en s’appuyant sur la MDA 18 et sur la maison de la vie associative de St Denis.

Formation-action des collecteurs de mémoire

Pour répondre à l’exigence du compagnonnage inscrit dans un cadre universitaire, nous mettons en place une formation-action de collecteurs de mémoire en partenariat avec le Collège Coopératif de Paris et l’UFR8 de l’Université de Paris VIII.

Expérience pilote avec le comité Métallo

Dans le cadre plus global d’une coopération avec le comité Métallo, nous avons débuté un travail d’histoire de vie collective, aussi, nous avons mis en place une cartographie de compétences à destination de ce travail et de l’intervention de l’équipe volante.

Projet Grundvigt2 autour des histoires de vie collectives

Afin d’élargir notre espace de réflexion autour des histoires de vie collectives, nous avons inscrit cette action dans le projet européen «Habiter sa formation autrement» financé par Grundvigt2 et piloté par Culture et Liberté Garonne. Il regroupe des associations : italienne, espagnole, belge, portugaise et françaises ainsi que différentes universités telles que Naples, Séville et Paris VIII. Le démarrage de ce projet est prévu début 2011.

Partenariat avec l’Université de Séville

Dans le cadre du projet « Habiter sa vie autrement », nous avons établi un partenariat privilégié avec l’Université de Séville pour s’associer à un événement autour des histoires de vie du travail social au mois de novembre. Il est prévu un déplacement à Séville avec quelques « autobiographés » afin de rencontrer et d’échanger avec d’autres sur la question de l’autobiographie.

Partenariat avec « Trace d’avenir »

Nous recherchons actuellement un partenariat avec l’association « Trace d’avenir », association travaillant sur les histoires de vie afin d’échanger sur nos pratiques voire de mutualiser quelques moyens.

Publication

En partenariat avec la revue Cassandre Hors Champ, il prévu de publier le recueil biographique sous leur N°ISBN courant 2011 mais il faudra revoir cette date compte tenu de l’avancement de nos travaux.

Axes de réflexion à creuser

Au cours de l’expérience pilote avec le comité Métallo, il a semblé pertinent de travailler plus en profondeur l’articulation entre les histoires de vie et l’entraînement mental notamment lorsque nous nous appuyons sur une cartographie de compétences.

Aussi, l’utilisation des cartes mentales peut être bien utile pour travailler une autobiographie mais il faut l’expérimenter encore afin d’affiner cette approche.

L’approche dialectique

7 avril 2010

L’approche dialectique n’est pas une méthodologie de raisonnement en soi quant à son ancrage philosophique, elle est le mouvement réel de l’esprit dans sa relation à l’être selon Hegel : elle est, alors conçue, comme le moteur interne des choses évoluant par négation et par réconciliation. Mais là où la dialectique hégélienne était essentiellement idéaliste, elle est au contraire du mouvement de la matière chez Marx, qui fait des contradictions socio-économiques le moteur de l’histoire. Dans ce sens, l’École de Francfort la considère en tant que mouvement de la réalité elle-même.  La raison émancipatrice permet la conscience critique mais elle a aussi permis l’émergence du capitalisme et l’appropriation de la nature. Pour le dire autrement, il y a une dialectique de la raison qui est à la fois émancipatrice et instrument de domination.

La question de l’éthique de la recherche

7 avril 2010

Penser l’action est le moment précis où se jouent les rapports avec autrui, ceci dit et pour faire bref : « être le moins pervers possible dans ce que j’entrevois d’entreprendre » et cela pose toute la question des critères pour agir librement dans une situation pratique et de faire le choix d’un comportement dans le respect de soi-même et d’autrui. La finalité de l´éthique fait donc d’elle-même une activité pratique et il ne s’agit pas d’acquérir seulement un savoir pour lui-même, il s’agit d’agir avec la conscience d’une action sociétale responsable. De ce fait, la distinction entre éthique et morale devient plus évidente, la morale est perçu par Ricœur, Deleuze ou Comte-Sponville comme  un ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire le Bien posé comme valeur absolue, par exemple « tu ne tueras pas ») et l’éthique comme la réalisation raisonnable des besoins (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative – la recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes médicaux généralement considérés « immoraux » comme l’euthanasie, l’avortement, le don d’organe, etc.). La morale étant ainsi généralement rattachée à une tradition historique et parfois idéaliste de type kantienne qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être, selon le dogme. Alors que l’éthique est liée à une tradition contemporaine et parfois matérialiste de type spinoziste qui cherche seulement à améliorer la perception de la réalité par une attitude « raisonnable » dans la recherche du bonheur pour tous.

Méthodologie et épistémologie

7 avril 2010

« Tout d’abord, il me semble nécessaire de travailler les différences entre méthode, méthodologie et épistémologie. Une méthode est un chemin balisé qu’il faut suivre pour arriver à bon port (ce terme est choisi du fait d’être à Brest). La méthodologie est l’ensemble de méthodes potentielles à mettre en œuvre pour aller d’un point à un autre point. Bref, c’est l’ensemble des chemins possibles. Cela est très confortable lorsque nous sommes sur terre mais plus délicat lorsque nous sommes en mer. En effet, la dérive des courants et le manque de repères en pleine mer rendent impossible ces notions de méthode et de méthodologie. La route n’est pas balisée mais estimée selon les vitesses et orientions du voilier et du courant. Par contre, la navigation de cabotage (navigation côtière) où le repérage  se fait principalement par des amers (repères remarquables sur les cotes indiqués sur les cartes : phares, églises, château d’eau), ici, le balisage n’est pas le long chemin mais il se constitue par report trigonométrique sur la carte en utilisant le compas et la règle de Gras. Une autre méthode pour suivre une route maritime est l’observation des étoiles en utilisant le sextant. Cette méthode exige des conditions particulières notamment une nuit claire, une bonne connaissance des étoiles, … » (Entrée de mon journal de recherche 17 novembre 2007 lors du Congrès de Culture et Liberté à Brest).

Toute cette digression maritime illustre bien cette notion d’épistémologie. Pour se déplacer d’un point à un autre, aucun chemin n’est proposé à l’avance, il se construit au fur et à mesure de l’avancée. L’épistémologie est cette proposition de construction d’un chemin en s’appuyant uniquement sur des repères ou amers théoriques. Cela oblige d’être constamment vigilant pour éviter les écueils et les épaves théoriques et d’estimer précisément la route empruntée pour être en capacité de projeter le nouveau cap à suivre. Bref, savoir faire le point régulièrement dans notre démarche scientifique. Vassileff dans son ouvrage Histoires de vie et pédagogie du projet nous dit qu’il faut observer sa propre vie tout en construisant les lunettes permettant cette observation, contrairement à la pensée logique où il faut posséder l’outil avant de l’utiliser. Ici, sa construction se fait tout en le faisant. Cette notion de raison peut s’expliquer par le fait de savoir ce que l’on recherche mais sans savoir où cela peut se nicher.  Par exemple, l’intérêt que je porte aux plaques commémoratives se niche tout au long de ma vie, je ne sais où et quand mais tout ce que je sais est que la réponse est dans mon parcours de vie. Cela implique que l’élaboration de son autobiographie ne se déroule pas sans savoir ce que l’on y recherche, c’est alors un travail totalement subjectif, d’ailleurs, je ne partage pas la vision du travail autour du « Maitron » lorsqu’il nous est demandé d’écrire des biographies « objectives », où il faut dérouler la vie de militants ouvriers dans une visée neutralisée, aseptisée de son parcours. Cette injonction négligerait donc l’interlocution entre l’auteur de la biographie et du héros-sujet de cette biographie en référence à Bakhtine.

Méthodologie, éthique et dialectique

7 avril 2010

Tu poses complètement les termes du changement vécu actuellement par l’u2p8 car il s’agit bien du pouvoir des mots. En effet, nous laissons, peu à peu, derrière nous des propos spontanés, réactifs pour commencer à construire une parole pensée et raisonnée. De ce fait, l’utilisation des mots n’est plus anodine et doit être pesé et réfléchi. Ce changement est normal voire attendu car nous devenons peu à peu des chercheurs en Sciences humaines et la question de nommer les choses et de bien les nommer est fondamentale. Mais, il est vrai que cela est bien plus difficile.

De plus, mes collègues insistent sur la question de l’éthique dans notre UP et je partage complètement leur avis mais j’ajouterai que nous avons fait le choix de la construire ensemble avec ce risque d’incompréhension, de doute, … Mais, le jeu faut bien la chandelle car cette même question de l’éthique est, de ce fait, réellement posée et pas simplement survolée ou évoquée.

Aussi, je pose une nouvelle pierre à cet édifice en abordant la question de la dialectique, question suggérée à plusieurs reprises dans nos discussions. Il s’agit ici d’accepter voire de rechercher la confrontation d’idées, de points de vue afin de les dépasser pour construire ensemble de nouvelles connaissances collectives, il s’agit non pas d’éviter le débat mais de se situer dans l’exercice de la controverse bienveillante.

Voilà, nous entrons, de plein pied, dans une nouvelle ère de l’u2p8 où nous serons constamment tiraillés par ces questions de méthodologie, d’éthique et de dialectique et je vous invite à vous y référencer dès maintenant dans vos travaux de recherches.

Mon journal d’intervention dans la famep

4 octobre 2009

Le 22 juin 2009 à Vigy

Cela commence bien, la machine à café est en panne ! Bon ce n’est pas très grave, il suffit d’attendre un peu. Bref, le p’tit déjeuner est déjà ce tout premier moment de rencontre. Le résidentiel est intéressant pour cela.  On cause, on dit nos premières conneries. On se découvre, on enlève nos couvertures, nos masques!

9h00

C’est parti ! On y est, nous sommes dans cette belle salle, là, on est tous là, les participants, les tuteurs, les formateurs et coordinateurs. Salvator est ému et je le comprends bien. Après cette courte présentation institutionnelle, Hervé et Hélène nous propose différents jeux pour déjà mieux nous connaitre, d’ailleurs, les barrières institutionnelles esquissées, au tout début, sont déjà tombées. Ce qui me plait bien aussi est l’animation d’Hélène (elle est participante et pourtant, elle est en situation de formatrice), plus que le fait de se connaitre, elle nous a montré simplement qu’un mot, une idée, un concept peut avoir de multiples facettes, de multiples représentations (L’acceptation de différents points de vue d’un même objet est essentielle pour la famep) . Et pourtant, l’objectif de cette première matinée est de se fédérer pour élaborer collectivement sous forme d’un blason.

14h00

Tugdual et moi étions sûrs de la réaction des participants et tuteurs lorsque nous avons  évoqué la déconstruction-reconstruction de la formation : cela produit un malaise déstabilisant. Tout le monde s’attend à quelque chose de construit et nous les invitons à tout démolir. C.-à-d., le paradoxe entre l’autoformation défendue par l’éducation populaire et un programme quasiment scolaire  dont les contenus sont cadrés voire rigide. Nous avons choisi la voie de l’autoformation, elle n’est pas ancrée dans nos cultures d’apprentissage formelle et de ce fait, elle n’est pas rassurante. Autre question, que doivent faire les tuteurs? Ah bon, ils doivent faire quelque chose ? Oui. Quoi? A vous de nous dire ce qu’il serait pertinent de faire pour que le famep soit réellement transformatrice et démultipliée à travers les projets menés par les participants dans leur structure. Jean-Paul De France me fait remarquer à l’instant que les inquiétudes proviennent de quelques tuteurs et non pas des participants.
17h00

Voilà, chaque groupe revient avec ses productions. Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été apporté. Cependant, la question du règlement intérieur a retenu mon attention…

Le 23 juin à Vigy

L’aventure continue! Jean-Paul nous fait la synthèse des réactions écrites en toute fin de journée. J’avoue ne pas avoir vraiment suivi le reste de la matinée, j’étais pris ailleurs, non pas que j’étais en dehors du lieu de formation, j’y étais bien mais mon attention était ailleurs ou plus précisément elle s’était réinvestie en moi comme un escargot entrant dans sa coquille. Il est vrai que je ne suis pas à l’aise depuis hier […]. J’accepte sincèrement la critique surtout lorsque elle est bienveillante. Par contre, je n’accepte pas le sabotage systématique d’une construction en devenir notamment lorsque l’avenir de jeunes militants est en jeu. Pour revenir à mon ailleurs de ce matin, je m’étais repenché sur mon article à produire pour Gaston Pineau. L’écriture est ce qui se passe à l’intérieur de la coquille protectrice de l’escargot, elle est en repli, seule et isolée du reste du monde. En pourtant, l’écriture se nourrit du monde et se donne au monde. La coquille est, alors, poreuse. En reprenant H. Arendt en référence à la dernière entrée de mon journal de lecture, je pense qu’écrire est une œuvre comme l’ouvrier est sur son ouvrage (je pense bien sûr à l’ouvrage L’établi de Robert Linhart, Edition de Minuit, 1981).

Le24 juin 2009 à Vigy

Ce matin, nous avons invité A. Desjardin à présenter son livre et plus largement son parcours de sa militance. L’instant est solennel.

Plusieurs questions se posent : est-ce que le militant produit l’Histoire dans ses mutations ou est-ce que les mutations de l’Histoire produisent de nouveaux militants? Le militant est-il celui qui réagit aux injustices? Quelles injustices? Doit-on réagir à toutes ces injustices? Faut-il mourir debout ou vivre à genoux? Les victoires sociales sont-elles toujours le fruit de luttes collectives? Prend-on du plaisir à lutter jusqu’au bout? Il n’y a pas de résistance efficace sans un ancrage fort sur un territoire (Larzac, Lip).

La prise de conscience n’est pas spontanée. Il est organisé des processus de destruction de l’altérité, des processus pour installer la haine. Il existe des sentinelles citoyennes que l’on rencontre sur le chemin, qui invitent à ouvrir les yeux sur le monde, plus particulièrement sur les injustices produites par ce même monde.

Le 25 juin 2009 de retour à Paris

Aujourd’hui, je n’ai rien à écrire de particulier sur la famep. Seulement, l’atelier d’écriture (mené de front par Tug, Lili et Mumu, ces deux dernières sont des participantes de la famep) m’a beaucoup impressionné : moments studieux, silencieux et respectueux. Oui, c’est cela, nous avons gagné le pari de cette première semaine.

Le 26 juin 2009 dans le métro vers Paris8

Les 16 participants de la première promo de la famep forment une belle équipe et je suis persuadé que nous allons faire du bon boulot. Et pourtant, le niveau d’étude va de bac- à bac+7 et les âges oscillent entre 21 et 47 ans. Ces différences peuvent être des handicaps mais nous en ferons des atouts pour la famep. Mercredi prochain, je travaille avec l’équipe du service de la VAE de Paris8 pour caler la VAE/famep.

17h30 de retour à la maison (toujours dans le métro)

Ha, sacrée ligne 13, cela fait des années que je te fréquence et tu es toujours aussi bourrée ! Pas une heure, pas un jour où tu ne dessoûles pas ! Mais bon, revenons à des plus choses sérieuses, j’ai vu mon patron ce matin et j’ai fait le point sur la famep. Nous sommes très étonnés de voir des participants à la famep autant diplômés. C’est une vraie question et il faudra, sans doute, revoir l’accueil de ces personnes dans les diplômes correspondants. D’un autre côté, est-ce bien raisonnable ? Faut-il mettre en perspective un diplôme à chaque fois. Je ne pense pas et il faudra être très attentif à cette question mercredi prochain et surtout avec nos 16 participants.

Il est urgent de prendre son temps

27 septembre 2009

Journal du 19 sept. 2009 lors de l’Assemblée Générale de l’Union Peuple et Culture

L’intervention de Georges Goyet (le tout nouveau trésorier de PeC Union) me plait bien car il évoque cette notion du temps, non pas dans sa gestion mais dans cette « urgence de prendre son temps ». Ou comment se libérer de ce temps contraint pour se regarder répondre à l’injonction à ce non-gaspillage du temps nécessaire afin de produire la richesse de certains autres? Cette dernière phrase semble bien compliquée mais  elle résume tout l’enjeu de méditation sur notre propre quotidien ou, tout au moins, se donner les moyens de penser sa vie.  Cela nous invite bien sûr à penser la réflexibilité non pas « nombriliste » mais entendue comme un retour voire un travail sur soi pour mieux appréhender les questions qui nous traversent. De là, se posent bien d’autres questions, est-ce que la recherche est forcément impliquée ? Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse ? Ces trois dernières questions rejoignent, quelque part, toute la réflexion que nous entretenons depuis près de deux ans lorsque nous travaillons la démarche pédagogique de l’université populaire de Paris VIII.

Est-ce que la recherche est forcément impliquée ? La réponse à cette question ne semble pas si évidente quant à l’implication du chercheur dans sa recherche surtout quand elle exige le recul nécessaire à la compréhension de la question. Bref, la recherche en sciences sociales serait une sorte de va-et-vient entre un dehors et un dedans, mouvement où le chercheur doit lui-même déterminer les frontières voire la porosité de ces mêmes frontières. Cela me fait penser aussi à cette question posée aux jeunes chercheurs au tout début de leur recherche : êtes-vous prêt à consacrer plus de cinq ans de votre vie et à lire une centaines d’ouvrages sur cette question ? Cette provocation recentre régulièrement ces apprentis chercheurs vers des questions de recherche proches de ce qu’ils vivent car l’investissement dans leur recherche doit produire un retour sur cet investissement ou plus précisément un retour existentiel.

Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Cette question est difficile, même gênante car ma réponse est assujettie aux pratiques de recherche de mon laboratoire. En effet, l’autobiographie et la tenue d’un journal de recherche sont des pratiques très courantes à Experice au point d’être nous-mêmes persuadés qu’elles sont utilisées par tous. A ce sujet, je tombe régulièrement dans le syndrome du « best way » et je dois vous avouer de ne pas connaitre d’autres pratiques pour appréhender une question de recherche. Alors, si vous avez un éclairage différent à ce sujet, je suis preneur ! Je dois aussi avouer toute ma difficulté à trouver une correspondance claire entre mon propre sujet de recherche et mon histoire de vie. A cela, Jacqueline Palmade, professeure émérite à Paris IX et co-directrice de ma thèse me dit régulièrement qu’il existe une correspondance symbolique entre les deux. Et pourtant, elle ne croit pas du tout à l’approche scientifique des histoires de vie. Il est vrai aussi que je suis un enfant des surlendemains de la deuxième guerre mondiale baignant dans le traumatisme ambiant de l’horreur de ces trente millions de morts. Il est vrai aussi que je connais parfaitement bien tous les enchainements de cette guerre et cela sur les différents fronts à travers le monde. De là, à consacrer plus de sept ans de ma vie à la question des plaques commémoratives de la deuxième guerre mondiale !

Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse pour comprendre ce que l’on recherche ? Bref, est-il bien nécessaire de passer par là ? Je n’en suis pas sûr et pourtant lorsque j’ai écrit mon autobiographie, j’ai ressenti ce phénomène de retrouvaille avec moi-même, cette sensation de plénitude (dans le sens d’une vie pleine) voire en harmonie lorsque je me regarde vivre cette vie tumultueuse d’autodidacte. Je n’ai pas complètement saisi le nœud entre ma recherche et ma vie et donc bien incapable de l’expliquer. Cependant, je sais que ce n’est pas très grave et que je me lancerai pas dans une psychanalyse pour autant. Dans le même temps, je pense qu’il faut prendre le temps nécessaire pour penser ce genre de questions même si la réponse ne nous vient pas dans l’immédiat. Descendre de son vélo pour se regarder pédaler ou se mettre à sa fenêtre pour se regarder défiler (nous avons le choix entre vision sportive ou militante) me paraît essentiels dans une démarche de chercheur.

Entre l’Université populaire et une journée Interstice

4 septembre 2009

Toujours est-il au même endroit et tout en prenant ce même café, je me pose ce matin la question[1] des liens et des différences entre l’Université populaire et une des journées «Interstice» organisées par le LISRA. Avant de répondre à cette question, je dois préciser que je base toute la réflexion de cet article sur la projection de ce que peut être l’Université populaire expérimentale de Paris VIII[2] et mon unique contribution[3] aux multiples journées « Interstices » organisées par le LISRA.

Ces liens semblent évidents car il nous faut travailler quelque chose dans ce sens là : la démarche de recherche-action, la démarche d’autoformation collective ou quelque chose de ce genre. Il y a quelque chose de semblable qui serait à dégager de ces initiatives : il s’agit de construire collectivement une représentation nécessaire et suffisante de ce que l’on vit, de ce que l’on souffre, bref, de se représenter toutes nos difficultés à vivre : d’être cet acteur précaire d’un système[4] … Aussi, de là, il faudrait dégager quelque chose de plus politique ou il faudrait construire ensemble une vraie parole transcendante, parole sortante de la sphère privée de notre réseau pour se fracasser dans l’espace public[5]. Comment ? C’est toute la question que je pose au collectif LISRA et à l’Université populaire expérimentale de Paris VIII.

Un autre lien à déceler est celui de la posture du chercheur ou tout au moins celle des acteurs en recherche à travers ce qu’ils font. Si le nom des acteurs n’est pas le même : d’un côté, chercheurs-acteurs du LISRA et de l’autre, apprentis-chercheurs/animateurs de l’U2P8, leur action semble s’inscrire dans la même mouvance de réflexion autour de leur expérience ancrée dans une réalité sociale non satisfaisante dont il est urgent de transformer collectivement avec et sans doute les mêmes soucis notamment celui du rapport à l’écriture.

Différentes voire même contradictoire car le cadre institutionnel n’est pas, du tout, le même. D’un côté, l’U2P8 est une projection d’universitaires, militants-chercheurs dont l’objectif est d’atteindre des personnes les plus éloignées de l’université pour les amener peu à peu sur les bancs de la fac. De l’autre côté, le laboratoire LISRA est composé d’acteurs souvent très éloignés de l’Université et dont leurs travaux de recherche pourraient, sans aucun doute, intéressés la fac. Se pose alors toute la question de la rencontre entre l’U2P8 et le LISRA !

La rencontre est rêvée, souhaitée voire même envisageable ! « Nous avons besoin de nous », cette invitation n’est pas à prendre à la légère car derrière cette boutade, se présente des enjeux de confrontations nécessaires pour établir des liens forts entre les acteurs de terrain et l’Université. Enjeux car les acteurs de terrain ne supportent plus vraiment d’être considérés comme dans une éprouvette, enjeux car les universitaires ont bien du mal à trouver un terrain. Rencontres enjeux et surtout échanges mutuels entre nous et nous.


[1] A la demande d’Hugues Bazin
[2] Son lancement est prévu seulement en octobre 2009.
[3] Celle du 2 juillet 2009 à la Goutte d’Or, quartier du XVIII eme arrondissement de Paris.
[4] En référence à Crozier
[5] En référence à Habermas

La composition du groupe

4 septembre 2009

La composition du groupe pose, en fait, la question du choix entre une composition homogène ou hétérogène du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs. Faut-il projeter un groupe composé de personnes appartenant à la même tranche d’âge, même catégorie socioprofessionnelle, … ou faut-il privilégier la mixité sociale, générationnelle, … ? La réponse à cette question se situerait plutôt du côté de la diversité car elle est source de richesse mais soyons pragmatique, le groupe se constituera à partir des personnes intéressées par cette démarche et nous n’aurons pas vraiment le choix. D’ailleurs et en fonction de cette réalité, nous avons retiré le terme « sélection » du vocabulaire de l’Université populaire expérimentale de Paris VIII pour le remplacer par celui de « d’entretien d’accueil ». En effet, lors de ce dernier, nous vérifierons seulement et ensemble la disponibilité et l’engagement des personnes intéressées dans la constitution du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs.