La recherche-action est-elle une affaire de traduction ?

30 août 2009


J’avais construit ce projet de manière très universitaire, il faisait au moins une quarantaine de pages avec tout notre jargon, nos concepts et lorsque je l’ai présenté au centre social, personne ne l’a vraiment compris alors j’ai dû le traduire en langage associatif et, surtout, le présenter en cinq pages. Ces cinq pages, c’était déjà beaucoup mais cela m’a permis de mieux le faire comprendre aux responsables du centre social. Ceci fait, ils m’ont invité à le présenter lors d’une séance d’un atelier de socialisation à caractère langagier[1] à des usagers[2] potentiellement intéressés par cette démarche. Aussi, ces derniers n’ont absolument pas compris ces cinq pages laborieusement traduites et je me suis retrouvé dans cette situation où j’ai dû réexpliquer des termes me paraissant aussi simples que l’histoire, la mémoire, la trace, … A la fin de l’atelier, j’ai rendu compte au centre social et donc traduit en langage associatif la production du petit groupe constitué lors de cet atelier et puis traduit une seconde fois, cette fois-ci pour mes collègues universitaires sans omettre l’utilisation de notre incontournable jargon.


[1] Et pourquoi pas, atelier de soumission à l’impérialisme de l’écriture phonétique ? En référence à J. Derrida.
[2] Usagers voire usagés et donc jetables dès qu’ils sont épuisés.

Mon journal d’intervention dans la famep

4 octobre 2009

Le 22 juin 2009 à Vigy

Cela commence bien, la machine à café est en panne ! Bon ce n’est pas très grave, il suffit d’attendre un peu. Bref, le p’tit déjeuner est déjà ce tout premier moment de rencontre. Le résidentiel est intéressant pour cela.  On cause, on dit nos premières conneries. On se découvre, on enlève nos couvertures, nos masques!

9h00

C’est parti ! On y est, nous sommes dans cette belle salle, là, on est tous là, les participants, les tuteurs, les formateurs et coordinateurs. Salvator est ému et je le comprends bien. Après cette courte présentation institutionnelle, Hervé et Hélène nous propose différents jeux pour déjà mieux nous connaitre, d’ailleurs, les barrières institutionnelles esquissées, au tout début, sont déjà tombées. Ce qui me plait bien aussi est l’animation d’Hélène (elle est participante et pourtant, elle est en situation de formatrice), plus que le fait de se connaitre, elle nous a montré simplement qu’un mot, une idée, un concept peut avoir de multiples facettes, de multiples représentations (L’acceptation de différents points de vue d’un même objet est essentielle pour la famep) . Et pourtant, l’objectif de cette première matinée est de se fédérer pour élaborer collectivement sous forme d’un blason.

14h00

Tugdual et moi étions sûrs de la réaction des participants et tuteurs lorsque nous avons  évoqué la déconstruction-reconstruction de la formation : cela produit un malaise déstabilisant. Tout le monde s’attend à quelque chose de construit et nous les invitons à tout démolir. C.-à-d., le paradoxe entre l’autoformation défendue par l’éducation populaire et un programme quasiment scolaire  dont les contenus sont cadrés voire rigide. Nous avons choisi la voie de l’autoformation, elle n’est pas ancrée dans nos cultures d’apprentissage formelle et de ce fait, elle n’est pas rassurante. Autre question, que doivent faire les tuteurs? Ah bon, ils doivent faire quelque chose ? Oui. Quoi? A vous de nous dire ce qu’il serait pertinent de faire pour que le famep soit réellement transformatrice et démultipliée à travers les projets menés par les participants dans leur structure. Jean-Paul De France me fait remarquer à l’instant que les inquiétudes proviennent de quelques tuteurs et non pas des participants.
17h00

Voilà, chaque groupe revient avec ses productions. Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été apporté. Cependant, la question du règlement intérieur a retenu mon attention…

Le 23 juin à Vigy

L’aventure continue! Jean-Paul nous fait la synthèse des réactions écrites en toute fin de journée. J’avoue ne pas avoir vraiment suivi le reste de la matinée, j’étais pris ailleurs, non pas que j’étais en dehors du lieu de formation, j’y étais bien mais mon attention était ailleurs ou plus précisément elle s’était réinvestie en moi comme un escargot entrant dans sa coquille. Il est vrai que je ne suis pas à l’aise depuis hier […]. J’accepte sincèrement la critique surtout lorsque elle est bienveillante. Par contre, je n’accepte pas le sabotage systématique d’une construction en devenir notamment lorsque l’avenir de jeunes militants est en jeu. Pour revenir à mon ailleurs de ce matin, je m’étais repenché sur mon article à produire pour Gaston Pineau. L’écriture est ce qui se passe à l’intérieur de la coquille protectrice de l’escargot, elle est en repli, seule et isolée du reste du monde. En pourtant, l’écriture se nourrit du monde et se donne au monde. La coquille est, alors, poreuse. En reprenant H. Arendt en référence à la dernière entrée de mon journal de lecture, je pense qu’écrire est une œuvre comme l’ouvrier est sur son ouvrage (je pense bien sûr à l’ouvrage L’établi de Robert Linhart, Edition de Minuit, 1981).

Le24 juin 2009 à Vigy

Ce matin, nous avons invité A. Desjardin à présenter son livre et plus largement son parcours de sa militance. L’instant est solennel.

Plusieurs questions se posent : est-ce que le militant produit l’Histoire dans ses mutations ou est-ce que les mutations de l’Histoire produisent de nouveaux militants? Le militant est-il celui qui réagit aux injustices? Quelles injustices? Doit-on réagir à toutes ces injustices? Faut-il mourir debout ou vivre à genoux? Les victoires sociales sont-elles toujours le fruit de luttes collectives? Prend-on du plaisir à lutter jusqu’au bout? Il n’y a pas de résistance efficace sans un ancrage fort sur un territoire (Larzac, Lip).

La prise de conscience n’est pas spontanée. Il est organisé des processus de destruction de l’altérité, des processus pour installer la haine. Il existe des sentinelles citoyennes que l’on rencontre sur le chemin, qui invitent à ouvrir les yeux sur le monde, plus particulièrement sur les injustices produites par ce même monde.

Le 25 juin 2009 de retour à Paris

Aujourd’hui, je n’ai rien à écrire de particulier sur la famep. Seulement, l’atelier d’écriture (mené de front par Tug, Lili et Mumu, ces deux dernières sont des participantes de la famep) m’a beaucoup impressionné : moments studieux, silencieux et respectueux. Oui, c’est cela, nous avons gagné le pari de cette première semaine.

Le 26 juin 2009 dans le métro vers Paris8

Les 16 participants de la première promo de la famep forment une belle équipe et je suis persuadé que nous allons faire du bon boulot. Et pourtant, le niveau d’étude va de bac- à bac+7 et les âges oscillent entre 21 et 47 ans. Ces différences peuvent être des handicaps mais nous en ferons des atouts pour la famep. Mercredi prochain, je travaille avec l’équipe du service de la VAE de Paris8 pour caler la VAE/famep.

17h30 de retour à la maison (toujours dans le métro)

Ha, sacrée ligne 13, cela fait des années que je te fréquence et tu es toujours aussi bourrée ! Pas une heure, pas un jour où tu ne dessoûles pas ! Mais bon, revenons à des plus choses sérieuses, j’ai vu mon patron ce matin et j’ai fait le point sur la famep. Nous sommes très étonnés de voir des participants à la famep autant diplômés. C’est une vraie question et il faudra, sans doute, revoir l’accueil de ces personnes dans les diplômes correspondants. D’un autre côté, est-ce bien raisonnable ? Faut-il mettre en perspective un diplôme à chaque fois. Je ne pense pas et il faudra être très attentif à cette question mercredi prochain et surtout avec nos 16 participants.

Il est urgent de prendre son temps

27 septembre 2009

Journal du 19 sept. 2009 lors de l’Assemblée Générale de l’Union Peuple et Culture

L’intervention de Georges Goyet (le tout nouveau trésorier de PeC Union) me plait bien car il évoque cette notion du temps, non pas dans sa gestion mais dans cette “urgence de prendre son temps”. Ou comment se libérer de ce temps contraint pour se regarder répondre à l’injonction à ce non-gaspillage du temps nécessaire afin de produire la richesse de certains autres? Cette dernière phrase semble bien compliquée mais  elle résume tout l’enjeu de méditation sur notre propre quotidien ou, tout au moins, se donner les moyens de penser sa vie.  Cela nous invite bien sûr à penser la réflexibilité non pas “nombriliste” mais entendue comme un retour voire un travail sur soi pour mieux appréhender les questions qui nous traversent. De là, se posent bien d’autres questions, est-ce que la recherche est forcément impliquée ? Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse ? Ces trois dernières questions rejoignent, quelque part, toute la réflexion que nous entretenons depuis près de deux ans lorsque nous travaillons la démarche pédagogique de l’université populaire de Paris VIII.

Est-ce que la recherche est forcément impliquée ? La réponse à cette question ne semble pas si évidente quant à l’implication du chercheur dans sa recherche surtout quand elle exige le recul nécessaire à la compréhension de la question. Bref, la recherche en sciences sociales serait une sorte de va-et-vient entre un dehors et un dedans, mouvement où le chercheur doit lui-même déterminer les frontières voire la porosité de ces mêmes frontières. Cela me fait penser aussi à cette question posée aux jeunes chercheurs au tout début de leur recherche : êtes-vous prêt à consacrer plus de cinq ans de votre vie et à lire une centaines d’ouvrages sur cette question ? Cette provocation recentre régulièrement ces apprentis chercheurs vers des questions de recherche proches de ce qu’ils vivent car l’investissement dans leur recherche doit produire un retour sur cet investissement ou plus précisément un retour existentiel.

Faut-il écrire sa vie pour mieux appréhender les questions qui nous traversent ? Cette question est difficile, même gênante car ma réponse est assujettie aux pratiques de recherche de mon laboratoire. En effet, l’autobiographie et la tenue d’un journal de recherche sont des pratiques très courantes à Experice au point d’être nous-mêmes persuadés qu’elles sont utilisées par tous. A ce sujet, je tombe régulièrement dans le syndrome du « best way » et je dois vous avouer de ne pas connaitre d’autres pratiques pour appréhender une question de recherche. Alors, si vous avez un éclairage différent à ce sujet, je suis preneur ! Je dois aussi avouer toute ma difficulté à trouver une correspondance claire entre mon propre sujet de recherche et mon histoire de vie. A cela, Jacqueline Palmade, professeure émérite à Paris IX et co-directrice de ma thèse me dit régulièrement qu’il existe une correspondance symbolique entre les deux. Et pourtant, elle ne croit pas du tout à l’approche scientifique des histoires de vie. Il est vrai aussi que je suis un enfant des surlendemains de la deuxième guerre mondiale baignant dans le traumatisme ambiant de l’horreur de ces trente millions de morts. Il est vrai aussi que je connais parfaitement bien tous les enchainements de cette guerre et cela sur les différents fronts à travers le monde. De là, à consacrer plus de sept ans de ma vie à la question des plaques commémoratives de la deuxième guerre mondiale !

Doit-on sombrer dans une auto-psychanalyse pour comprendre ce que l’on recherche ? Bref, est-il bien nécessaire de passer par là ? Je n’en suis pas sûr et pourtant lorsque j’ai écrit mon autobiographie, j’ai ressenti ce phénomène de retrouvaille avec moi-même, cette sensation de plénitude (dans le sens d’une vie pleine) voire en harmonie lorsque je me regarde vivre cette vie tumultueuse d’autodidacte. Je n’ai pas complètement saisi le nœud entre ma recherche et ma vie et donc bien incapable de l’expliquer. Cependant, je sais que ce n’est pas très grave et que je me lancerai pas dans une psychanalyse pour autant. Dans le même temps, je pense qu’il faut prendre le temps nécessaire pour penser ce genre de questions même si la réponse ne nous vient pas dans l’immédiat. Descendre de son vélo pour se regarder pédaler ou se mettre à sa fenêtre pour se regarder défiler (nous avons le choix entre vision sportive ou militante) me paraît essentiels dans une démarche de chercheur.

Entre l’Université populaire et une journée Interstice

4 septembre 2009

Toujours est-il au même endroit et tout en prenant ce même café, je me pose ce matin la question[1] des liens et des différences entre l’Université populaire et une des journées «Interstice» organisées par le LISRA. Avant de répondre à cette question, je dois préciser que je base toute la réflexion de cet article sur la projection de ce que peut être l’Université populaire expérimentale de Paris VIII[2] et mon unique contribution[3] aux multiples journées « Interstices » organisées par le LISRA.

Ces liens semblent évidents car il nous faut travailler quelque chose dans ce sens là : la démarche de recherche-action, la démarche d’autoformation collective ou quelque chose de ce genre. Il y a quelque chose de semblable qui serait à dégager de ces initiatives : il s’agit de construire collectivement une représentation nécessaire et suffisante de ce que l’on vit, de ce que l’on souffre, bref, de se représenter toutes nos difficultés à vivre : d’être cet acteur précaire d’un système[4] … Aussi, de là, il faudrait dégager quelque chose de plus politique ou il faudrait construire ensemble une vraie parole transcendante, parole sortante de la sphère privée de notre réseau pour se fracasser dans l’espace public[5]. Comment ? C’est toute la question que je pose au collectif LISRA et à l’Université populaire expérimentale de Paris VIII.

Un autre lien à déceler est celui de la posture du chercheur ou tout au moins celle des acteurs en recherche à travers ce qu’ils font. Si le nom des acteurs n’est pas le même : d’un côté, chercheurs-acteurs du LISRA et de l’autre, apprentis-chercheurs/animateurs de l’U2P8, leur action semble s’inscrire dans la même mouvance de réflexion autour de leur expérience ancrée dans une réalité sociale non satisfaisante dont il est urgent de transformer collectivement avec et sans doute les mêmes soucis notamment celui du rapport à l’écriture.

Différentes voire même contradictoire car le cadre institutionnel n’est pas, du tout, le même. D’un côté, l’U2P8 est une projection d’universitaires, militants-chercheurs dont l’objectif est d’atteindre des personnes les plus éloignées de l’université pour les amener peu à peu sur les bancs de la fac. De l’autre côté, le laboratoire LISRA est composé d’acteurs souvent très éloignés de l’Université et dont leurs travaux de recherche pourraient, sans aucun doute, intéressés la fac. Se pose alors toute la question de la rencontre entre l’U2P8 et le LISRA !

La rencontre est rêvée, souhaitée voire même envisageable ! « Nous avons besoin de nous », cette invitation n’est pas à prendre à la légère car derrière cette boutade, se présente des enjeux de confrontations nécessaires pour établir des liens forts entre les acteurs de terrain et l’Université. Enjeux car les acteurs de terrain ne supportent plus vraiment d’être considérés comme dans une éprouvette, enjeux car les universitaires ont bien du mal à trouver un terrain. Rencontres enjeux et surtout échanges mutuels entre nous et nous.


[1] A la demande d’Hugues Bazin
[2] Son lancement est prévu seulement en octobre 2009.
[3] Celle du 2 juillet 2009 à la Goutte d’Or, quartier du XVIII eme arrondissement de Paris.
[4] En référence à Crozier
[5] En référence à Habermas

La composition du groupe

4 septembre 2009

La composition du groupe pose, en fait, la question du choix entre une composition homogène ou hétérogène du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs. Faut-il projeter un groupe composé de personnes appartenant à la même tranche d’âge, même catégorie socioprofessionnelle, … ou faut-il privilégier la mixité sociale, générationnelle, … ? La réponse à cette question se situerait plutôt du côté de la diversité car elle est source de richesse mais soyons pragmatique, le groupe se constituera à partir des personnes intéressées par cette démarche et nous n’aurons pas vraiment le choix. D’ailleurs et en fonction de cette réalité, nous avons retiré le terme « sélection » du vocabulaire de l’Université populaire expérimentale de Paris VIII pour le remplacer par celui de « d’entretien d’accueil ». En effet, lors de ce dernier, nous vérifierons seulement et ensemble la disponibilité et l’engagement des personnes intéressées dans la constitution du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs.

Le rapport à l’écriture

4 septembre 2009

Le rapport à l’écriture pose, en fait, la question plus large de l’approche pédagogique et de la production de connaissances au sein de l’Université populaire. Comme il a été précisé lors de cette assemblée, la démarche proposée ici articule deux pratiques  pédagogiques particulières :

  • La première est issue de l’éducation populaire et se situe dans des méthodes d’autoformation collective éprouvées depuis la Résistance. Elles s’appliquent à des groupes dont la plupart est composée d’autodidactes et ces groupes deviennent, de ce fait, des chercheurs collectifs.
  • La seconde est issue de ce qui est vécu dans le troisième cycle universitaire lorsque les étudiants sont confrontés à l’écriture de mémoire ou de thèse. Nous nous situons plutôt dans une démarche d’accompagnement et de déblocage dans la production de connaissances.

Ces deux pratiques conjuguées permettent de concevoir l’écriture non plus comme un frein mais comme un levier, de transformer le problème de l’écriture en projet d’apprentissage (en référence aux productions universitaires autour de la question de l’autodidactie). De toute façon, le groupe sera accompagné par des chercheurs-formateurs expérimentés à ce genre de difficultés et nous prendrons le temps nécessaire pour réaliser ensemble ce projet d’apprentissage.

Compte rendu de l’Assemblée Constituante

31 août 2009

L’Assemblée Constituante de l’Université Populaire Expérimentale de Paris VIII a eu lieu dans les locaux de Paris VIII le 27 août 2009, elle a débuté à 18h00 et s’est clôturée à 21h00. Cette assemblée a réuni 39 personnes.

Ordre du jour

L’ordre du jour s’est décliné en trois temps :

  • une présentation de l’Université Populaire Expérimentale (U2P8);
  • la présentation des participants par un tour de table;
  • des débats autour de questions soulevées lors des points précédant de l’ordre du jour.

Cette assemblée s’est prolongée après sa clôture au restaurant en face de l’université.

Déroulement

Présentation brève de l’U2P8 : la présentation a été faite par une partie du comité d’organisation notamment C. Verrier, J-L Le Grand, J. Bourrieau et moi-même. Elle a été brève car le comité d’organisation a souhaité laisser le plus de temps possible la parole aux participants. Cependant, il a été rappelé l’originalité de cette université de par son approche recherche de l’éducation populaire du XXIème siècle aux prises directes aux questions posées par les territoires.

Tour de table : nous ne pouvons pas entrer dans les détails mais nous devons signaler la forte mobilisation du réseau éducation populaire du département de la Seine-St Denis[1] ainsi que la présence d’enseignants et de doctorants de Paris VIII. D’autres personnes sont venues à titre individuel mais travaillent dans des institutions[2] intéressant l’Université populaire. Enfin, les mouvements d’éducation populaire Peuple et Culture et Culture et Liberté étaient présents à titre institutionnel.

Débats : quelques questions se sont posées lors de ce débat notamment celle de la composition du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs, celle de rapport entre l’oralité et l’écriture et enfin, celle des valeurs défendues par l’université populaire. Bien sûr, nous n’avons pas complètement épuisé collectivement ces questions mais nous nous sommes engagés à les travailler dans les semaines suivantes.

Conclusion : il a été demandé expressément aux participants de cette assemblée de diffuser les informations dans leur réseau quant au lancement de l’Université Populaire en octobre prochain.  


[1] Notamment des personnes travaillant dans des villes telles que St Denis, Aulnay/Bois, Montreuil, Bagnolet, Roissy-en-France, Blanc-Mesnil, Bobigny ou au Conseil général de Seine St Denis.
[2] Le CERHEP, le CMETLV, la fédération des centres sociaux de Paris, l’échomusée de la Goutte d’Or, la maison des Babayagas, le collectif  éducation populaire et transformation sociale (OCR) ainsi que l’Université populaires du 92, l’Université citoyenne et populaire du 93 et la Petite université libre et populaire (PULP) de Tence (43).

Au lendemain de l’ouverture de l’Université populaire de Paris VIII

30 août 2009

Toujours au même café où j’écris mon journal tout les matins, je suis un peu vidé, cela était fort hier soir car l’Université populaire expérimentale  s’est enfin concrétisée au bout de deux ans de travail de préparation, de prises de contact, … Mais, cela a marché, 39 personnes étaient présentes lors de cette assemblée et il manquait du monde. Maintenant, c’est concret, cela devient opérationnel. Plus globalement, la filière de l’éducation populaire de l’Université prend forme: les formations telles que l’Université populaire, la famep et le tout nouveau DHEPS créé à Paris VIII ne paraissent plus concurrentes mais bien complémentaires, appartenant chacune à un ensemble cohérent, visible, … Mais, beaucoup de questions restent en suspend concernant l’Université populaire : celle de la composition du groupe d’apprentis-chercheurs/animateurs, celle de rapport entre l’oralité et l’écriture, enfin, celle de l’utilité politique de cette université populaire.

L’impasse de l’écriture collective

30 août 2009

Bref, je ne suis pas arrivé à faire ce que je voulais, les participants de cet atelier n’ont pas du tout écrit l’histoire de leur quartier. Cependant, j’ai dû produire des choses parce que je m’étais engagé à produire auprès du centre social, j’ai donc fait un petit bouquin de 25 pages, ce film là et une exposition au centre social. Et pourtant, j’ai essayé d’animer un atelier d’écriture collective mais ce n’était pas du tout ce qui les intéressait. D’ailleurs, l’exercice d’une écriture collective est voué de suite à l’échec car l’écriture est foncièrement individuelle même si elle est vécue collectivement. Mais comment écrit-on une histoire de vie collective?

Qu’est ce qu’une histoire de vie collective ? Déjà, il est sûr que ce n’est pas la somme d’histoires individuelles, l’ouvrage de Bourdieu La misère du monde n’est pas une histoire de vie collective, simplement un catalogue de neuf biographies. Nous allons regarder plus précisément dans la typologie des histoires de vie de l’ouvrage Histoires de vie de Pineau et de Le Grand (pages 109-110). Mais, déjà, je précise qu’il existe deux grandes catégories, l’histoire d’un groupe écrite par lui-même (en sachant que toute écriture est individuelle et personnelle) ou par une personne appartenant à ce groupe. De ce fait, le travail mené depuis quelques années par Christian Lefeuvre et Françoise Tétard autour de l’histoire du mouvement Culture et Liberté est une histoire de vie collective et donc, cela implique que nous pouvons considérer que toutes les histoires associatives écrites par, au moins, un des membres de l’association sont des histoires de vie collectives. Cela allonge considérablement la liste, aussi, faut-il compter sur les mémoires de territoires telles que les quartiers, communes, … dès lors qu’elles sont écrites par une personne habitant ce territoire. Pour aller plus loin et afin de stabiliser la définition, il est possible de croiser la typologie de Le Grand avec les quelques exemples dans l’ouvrage Histoires de vie collectives et éducation populaire. Cela permettra de mieux cerner cette définition car s’y ajoute les notions d’événement vécu en commun ou bien de phénomène partagé par une même génération, par exemple, l’immigration maghrébine des années 70 en France. Ce travail de définition est à poursuivre, il a bien débuté mais il est loin d’être terminé, notamment, certains points nous invitent à vouloir définir la notion du collectif. En effet, si nous travaillons à partir de l’idée de la mémoire générationnelle alors la notion de collectif est indéterminée, voire floue, peu précise. Par contre, si, par exemple, nous travaillons autour de l’idée d’un territoire alors là, il est tout à fait possible de recenser ses habitants, la notion de collectif est alors beaucoup plus précise. Dans les deux cas, le collectif n’a pas le même sens.

De l’Ecole de Chicago à la phénoménologie husserlienne

30 août 2009

Et pourtant, je suis persuadé de l’efficacité de l’école de Chicago lorsque, dans les années 1910, elle procède à ce genre de stratégie de recherche sur le terrain car elle a produit énormément de connaissances notamment sur l’écologie urbaine. Il ne s’agissait pas de production de connaissances globalisante notamment les statistiques, les chercheurs de cette école sont descendus dans la rue et s’y sont installés à l’écoute de ce qui se passait réellement. Cette école est, en fait, le creuset du renouveau des histoires de vie et de l’observation participante, bref, de la sociologie qualitative bien loin d’une étude quantitative. Toujours est-il que la question se pose de la pertinence d’une observation faite au niveau local. Est-elle généralisable ? Ou plus concrètement, à partir d’une observation faite au niveau local, peut-on produire des connaissances à visées universelles ? C’est toute la question de la réduction phénoménologique posée par Husserl, question reposée par la suite par Derrida si l’on a un quelconque intérêt pour les travaux de Lévi-Strauss[1].

Autre question encore bien plus sensible, comment réinvestir la recherche sur un terrain observé ou comment ne plus considérer seulement « ces gens observés» comme s’ils vivaient dans une éprouvette ? Bref, comment s’engager auprès de ces personnes pour que nos[2] conditions de vie s’améliorent ? Pour revenir à l’école de Chicago, Small, fondateur et premier directeur du département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Chicago déclare : « En toute sincérité [...], je déclare ma conviction que la science sociale est le plus saint sacrement ouvert aux hommes ». Il recherche à travers la sociologie, à améliorer le sort des hommes et ne fait pas de distinction entre la sociologie et le travail social. Depuis, ce n’est que, peu à peu, que les filières entre la sociologie et le travail social vont se diversifier, se séparer et que le concept de la recherche-action semble, peu à peu, se rapprocher de l’éprouvette tout en s’éloignant, de plus en plus, de la transformation sociale, politique et culturelle, transformation si urgente à entreprendre. La pensée husserlienne peut, alors et sans doute, contribuer à retisser le lien entre pensée locale et action globale.


[1] Nouvelle question notamment lorsque nous évoquons allègrement la question de la phénoménologie, devons-nous être structuraliste ou existentialiste, voire les deux lorsque nous creusons le fondement même de nos recherches sur le terrain lancées un peu au hasard comme cet atelier ?
[2] C’est toute la question de l’éducation populaire. En effet, elle suppose de travailler ensemble pour que nous transformons nos conditions de vie tout en apprenant à lutter ensemble. Dans le même temps, il faut accepter que nos combats locaux s’élargissent à des causes plus globales. Et c’est ainsi toute la difficulté de l’éducation populaire à travers la question posée du travail de la culture en référence à Arendt.

Entre recherche-action et observation-participante

30 août 2009

En fait, j’étais un chercheur débutant faisant son travail de thèse autour des histoires de vie collectives et dont la méthodologie élaborée se situait entre la recherche-action et l’observation participante, bien loin de l’animateur et du guide touristique. J’étais, dans l’observation  de toutes les réactions des participants dans cette volonté de me fondre dans le groupe, bref être un participant comme les autres. Sauf que cela ne marche pas non plus car je pouvais me « camoufler » autant que possible, j’étais toujours perçu comme un animateur, guide, chercheur,… Depuis cet atelier,  je ne crois plus à l’égalité ou, tout au moins, à cette vision horizontale entre le chercheur et les acteurs, les acteurs restent acteurs, préoccupés par leur préoccupation et le chercheur reste chercheur quelque soit son camouflage, quelque soit sa couverture.