« Dilemmes hip-hop », Cahiers de recherche sociologique no49, Hiver 2010.
Sommaire du dossier
- MARIE NATHALIE LEBLANC, Présentation : Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politique
- GABRIELLA DJERRAHIAN, Éléments d’une négritude mondialisée : le hip-hop et la conscience raciale chez de jeunes Israéliens d’origine éthiopienne
- ABAHER EL SAKKA, Revendication identitaire et représentations sociales : émergence d’un nouveau mode d’expression artistique de groupes de jeunes Palestiniens
- ABDOULAYE NIANG, Hip-hop, musique et Islam : le rap prédicateur au Sénégal
- ALEXANDRINE BOUDREAULT-FOURNIER, Ateliers hip-hop et double morale à Cuba
- HUGUES BAZIN, NAiM BORNAZ, MEHDI SLIMANI, Quels enjeux pour un art et une culture populaires en France ?
- JENNY MBAYE, AURA ou de la production politique de la musique hip-hop
- MYRIAM LAABIDI, Du manque d’intérêt pour la politique dans le hip-hop québécois
Extrait de l’introduction du dossier « Dilemmes hip-hop »
Alors qu’initialement le hip-hop était de forme descriptive et qu’il traduisait la quête de reconnaissance de ceux qui ne disposaient d’aucun autre moyen de se faire entendre, cette culture est aujourd’hui confrontée aux dynamiques de la commercialisation, à la fois à l’échelle internationale, et à celle des politiques et des industries culturelles dans divers contextes nationaux. Il en ressort que les acteurs se mesurent aujourd’hui aux dilemmes de l’« authenticité » dans le cadre de la société de consommation. En d’autres termes, comment le hip-hop peut-il rester un véhicule de dénonciation et d’affirmation culturelle tout en étant partie prenante des dynamiques capitalistes de la marchandisation ?
Extrait de l’introduction de l’article « Quels enjeux pour un art et une culture populaires en France ? »
Bazin, Bornaz et Slimani, recadrent la question des dilemmes du hip-hop en termes de la tension entre la culture populaire et l’art dit légitime en France dans le contexte de la professionnalisation progressive des acteurs de la culture hip-hop. La réflexion de ces trois auteurs, dont un chercheur, un rappeur et un chorégraphe, est le fruit d’une collaboration expérimentale de recherche-action qui tente de poser les questions suivantes : «Avec le recul d’un quart de siècle, le hip-hop a-t-il su faire sa marque dans les sociétés contemporaines ? » « Le hip-hop a-t-il su garder une originalité et préserver les critères populaires de son émergence ? » Le hip¬hop en France est-il toujours autonome face aux cadres institutionnalisés de la production culturelle? Constitue-t-il toujours une culture de la rue? S’appuie-t-il toujours sur l’innovation comme mode de résolution des problèmes sociaux? Se constitue-t-il encore en tant qu’acteur social révélateur des tensions de la société française en mutation profonde ?
Les auteurs concluent que le propre du hip-hop est d’avoir abordé les processus de création, de transmission, de présentation et de diffusion globalement alors que, usuellement en France, ils sont assignés à des fonctions et à des lieux institutionnels distincts. En questionnant la division instituée du « travail de la culture », les auteurs, autant dans leur pratique expérimentale de recherche-action que dans leur regard critique posé sur la culture hip-hop française, replacent le «travail de la culture » au centre des enjeux politiques. Ainsi, le talent des artistes engagés n’exclut pas la possibilité de liens avec le monde commercial; le ludique et l’aspiration à la reconnaissance professionnelle n’excluent pas non plus l’engagement.
Une article de recherche co-écrit avec des acteurs hip-hop
Nous avons rédigé cet article collectif dans une revue internationale de l’Université du Québec à Montréal. Une des fonctions de notre labo social est de permettre à des acteurs non universitaires de produire une connaissance d’équivalence universitaire. C’est le cas ici d’un article co-rédigé avec deux artistes hip-hop : Mehdi Slimani (Danseur – Chorégraphe) et Naim Bornaz (rappeur – traceur). Ils font partie du LISRA dont le but est de légitimer ce processus par la recherche-action et d’en faciliter une publicisation. Cet accueil de la part d’une revue de sociologie est assez peu fréquent pour être souligné où le monde universitaire prend le « risque » de déroger un peu aux règles académiques pour accueillir une connaissance issue de l’expérimentation sociale.
